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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 14:56

 

       books"… Une autre affaire concerne un atelier du comté de Valentinois et Diois au temps d’Aymar IV (1279-1329). En 1327, deux frères, ouvriers de la monnaie de Puygiron, fournissent au monnayeur Guillaume de Palerme des flancs de monnaie valant 9 d pour qu’ils soient frappés avec des coins de gilats valant 18 d. Le monnayeur en introduit 10 dans son lot de 43 pièces, mais le contrôle du maître est suffisant pour démasquer la fraude. Soumis à la question, malgré le témoignage favorable du prévôt, Guillaume reconnaît avoir frappé une centaine de fausses pièces. Les ouvriers fauteurs déclarent aussitôt qu’elles n’ont pas été écoulées, affirmation que les habitants de la région contredisent immédiatement, ce qui montre au passage qu’ils trébuchent les espèces qui passent entre leurs mains… En novembre 1327, un des ouvriers et le monnayeur sont condamnés à être brûlés à petit feu jusqu’à ce que mort s’ensuive. Liés à un arbre comtal, ils sont exécutés de cette façon…" 

 

        - Extrait du livre de Gérard Béaur, Hubert Bonin, Claire Lemercier  

(Librairie Droz 2006)


Fraude, contrefaçon et contrebande, de l'Antiquité à nos jours

 

         Le réalisme impose de reconnaître que le "progrès" est stimulé par l'innovation, mais aussi par la concurrence que peuvent éventuellement occasionner la fraude, la contrebande ou la contrefaçon. Travaux d'historiens économistes sur l'évolution des concepts de fraude au fil de la structuration des systèmes de production et d'échange et au rythme des "révolutions industrielles".

 

 

 

       - Autre source :


       La revue belge de numismatique en 1877 mentionne la procédure conservée aux archives de Grenoble.


       "... Procédures contre Guillaume et Bertrand de Fijac, frères, et contre Guillaume de Palerme, ouvriers de la Monnaie de Puygiron, qui avaient fabriqué et mis en circulation de la fausse monnaie. Sentence du juge de la cour d’Aymar de Poitiers, comte de Valentinois et Diois, qui condamne Guillaume de Palerme et Bertrand de Fijac à être brûlés ensemble par la flamme et par le feu jusqu’à ce qu’ils meurent entièrement, sentence qui fut exécutée à Puygiron même sur l’ordre de Ponce de Floyrac, châtelain de ce lieu."

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 07:30

      

       Étymologie de Puygiron : le mont rond. Podium Girons ou Pigeron en 1328, du latin podium, lieu élevé, colline, et nom d’homme germ. Gero, ou de girus, le cercle.

       La chapelle Saint-Bonnet (seconde moitié du 12ème siècle) marque l’emplacement du village médiéval, installé sur le site d’une villa gallo-romaine. Près de cette chapelle, les premiers travaux d’extension du cimetière ont mis au jour une trentaine de fosses qui étaient sans doute les silos à céréales, légumineuses et salaisons du village antique, entre le VIIIe et le XIIe siècle. Au XIVe siècle, période de grande insécurité, les habitations se sont regroupées autour du château perché. Les Poitiers, seigneurs du lieu, y possédaient un atelier monétaire. Deux de ses employés ayant fabriqué et mis en circulation des fausses pièces furent condamnés à mort et brûlés vifs à Puygiron. Parmi les anciens maîtres de la seigneurie, Bourc d’Aurole poignarda sa femme et empoisonna un prêtre de Valréas accusé d’entretenir des relations avec elle. Vers 1450, il fut lui-même assassiné dans son château et dans son lit par un bâtard des Baux qui lui reprochait la mort d’un parent pendant les guerres de Raymond de Turenne.

       En 1562, Jean de Boniot, seigneur de Puygiron, revenait de la chasse avec son arquebuse lorsqu’il rencontra Jean Meffre, un de ses vassaux, qui l’attendait à une croisée de chemins, lui aussi bien armé. Boniot eut le dessus, tua l’homme, mais fut ensuite contraint de payer 600 livres à la veuve et aux enfants du défunt. Un peu plus tard, il fut capturé par les Catholiques et dut payer une rançon pour retrouver la liberté. Enfin dans son testament, ce seigneur plein d’humour laissa la somme de 5 sols (autrement dit rien) à Charlotte d’Urre (Eurre) pour « l’ingratitude d’icelle de l’avoir laissé sans son voloir et consentement. » Des tranchées pratiquées pour la construction de l’école sur l’emplacement de l’église Saint-Jean-Baptiste, ancienne chapelle seigneuriale, permirent la découverte de deux rangés de tombes creusées à l’entrée du choeur. Elles contenaient quatorze squelettes attribués à la famille de Banne qui possédait Puygiron au 18ème siècle. Charles de Banne, mort en 1715, mesurait 1,88 m. et était certainement un bon cavalier. Sa tombe contenait quelques pièces de monnaie du temps de Louis XIV, un couteau de poche, un éperon, un fragment de mors, les deux branches d’un étrier et des dents de cheval. Au printemps 1789, les habitants de Puygiron déclarent : « Pour ce qui est du cultivable, le sol est sy mauvais et léger et exposé à être emporté par les eaux pluvialles qui tombent des montagnes, qui ravine les fonds, qu’on ne peut avoir que de très petites récoltes consistant au seigle, espeote, quelque peu de bled noir faisant en tout la troisième partie de la nourriture des habitants, étant obligé de s’en procurer de l’étranger pour suppléer à ce qui manque. (…) Il y a aussy quelque arbres murier pouvant nourrir environ une livre et demy graine de ver à soy. Peu de fruitiers et noyers. Une partie du terein est occupé par des vignes lesquelles sont de très peu de durée a cause de la maigreur du sol ne pouvant cependant produire autre chose. »

       Morice Viel naquit à Puygiron en 1851. Dessinateur et auteur de nombreux essais historiques, romans, nouvelles et poésies en occitan comme en français, il participa au grand mouvement de renaissance de la langue occitane de la fin du 19ème siècle.

 

         Extrait de « La Drôme insolite » de Pierre Palengat

 

         Publié dans le Giron n° 16 (juillet 2009)

 

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 18:34

 

C’est en 1351 que l’on voit apparaître en Angleterre le terme franc-maçon, freemason, qui désigne le libre artisan maçon allant travailler de ville en ville. Ces artisans, véritables artistes réalisant des architectures extraordinaires se rassemblent en confréries qui prennent le nom de loges maçonniques. Souvent issues des chantiers où s’élèvent les cathédrales, elles seront ouvertes plus tard à la bourgeoisie et à la noblesse, sans nécessité d’appartenir au bâtiment. Dès le début il y règne une grande tolérance par rapport aux différentes religions. Il importe pour les maçons de créer un lien corporatiste fort, de sauvegarder leur savoir faire exigent, de défendre des valeurs de liberté.

À partir de 1723 les constitutions de la Franc-maçonnerie, c'est-à-dire le règlement seront rédigées. Il s’agit du livre des Constitutions d’Anderson. Grâce au voyage des maçons, les confréries font école jusque dans la Drôme et l’Ardèche. Pierre Chazalet fonde en 1784 la première loge maçonnique de Montélimar Saint-Louis-la-Fidélité mais elle n’est pas reconnue par le Grand Orient, Loge nationale de France.

Par contre un certain Mathieu-Barthélémy Audouard, avocat du roi, réussit en 1786 à créer « La parfaite cordialité » réunissant Rivière de la Mure, garde des Sceaux au Parlement, Cheynet, avocat, Serret, procureur du roi et Cheynet, maire de Montélimar. Leur local se situe rue des Cordeliers. On s’y assure « des qualités civiles, mœurs, probité, du préposé ». Des cotisations assurent le financement des activités de la loge. Les plus riches avancent l’argent aux plus démunis. La loge de Montélimar et celle de Crest pratiquent « le rite écossais rectifié » rite soutenu par le Comte de Virieu, président d’honneur. Dans leurs déclarations de principe il est question essentiellement d’entraide à son prochain, d’œuvres de bienfaisance, de morale et de sagesse. La loge fournira blé et nourriture aux pauvres pendant le dur hiver de 1787 et Rivière de Nocaze, notable et maçon, paiera de ses propres deniers l’aide aux pauvres.

La loge se met en veilleuse pendant la Révolution française et les travaux reprendront en 1804. Elle est supplantée par une autre loge, La Paix désormais la seule en activité. À partir de ce moment, d’autres loges se créent, elles se trouvent souvent en conflit entre elles. Et en 1812 la maçonnerie s’éteint à Montélimar. Il faudra attendre soixante ans pour qu’un horloger bijoutier du nom de Monteiller tente de faire vivre Le Réveil maçonnique. Cela représente un tournant idéologique important puisque la loge affirme ses principes philosophiques et démocratiques : diffusion de l’instruction au profit des masses, instruction solide au profit des mêmes masses… Révolution sociale, école laïque, combat contre le cléricalisme, réglementation du travail des femmes et des enfants, cours pour les soldats illettrés... socialisation des moyens de production et d’échanges.

Mais une semaine après son ouverture, le sous-préfet Petiton fait fermer la loge, ouverte, selon lui, sans autorisation officielle. C’est l’une des anciennes loges, Le Réveil Maçonnique » qui prendra la relève avec les mêmes objectifs. Le fonctionnement de ces loges ne se fait jamais sans heurts avec l’autorité et sans conflits de personnes, si bien qu’elles se créent et s’éteignent très vite, parfois renaissent de leur cendre. Il existe un Livre des loges qui permet de connaître les objectifs des maçons montiliens entre les deux guerres comme par exemple les études des divers systèmes des doctrines socialistes, morale maçonnique dans les familles, l’établissement de maisons de retraite et la réconciliation franco-allemande. La loge sera fermée en 1940 et l’immeuble placé sous séquestre. La police de Vichy recherche le Vénérable, Monsieur Courtier qui sera arrêté et torturé à l’hôtel du Parc Chabaud. Beaucoup de Maçons s’engagent dans la Résistance. Gustave Courtier est décédé le 14 mai 1951 et est enterré dans le cimetière d’Espeluche. Il aura tenté de sauver les archives en les enterrant dans un puits. Elles seront détruites par l’humidité.

Après la guerre, en 1953, une loge, En Avant, renaît, grâce aux efforts d’un maître artisan aidé par la loge de Valence et la Fraternité de Genève. Elle est aujourd’hui encore en activité.

                                                                                       M. B.

 Source : « La Franc-maçonnerie en Drôme Ardèche » Jean-Pierre Poret. Éditions et régions

 Publié dans Le Giron n° 8 (juillet 2005)

 

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 15:05
 

Situation géographique

Ces carrières étaient situées à quelques centaines de mètres du village, sur le chemin vicinal d'intérêt commun n° 26, à 2 Km de la gare, à 3 Km de l'usine, et à 8 Km de Montélimar. Elles se trouvaient sur le bord de la route qui les desservait et les reliait, en pente douce, à la station de chemin de fer. Leur superficie s'étendait sur plusieurs Km, mais les parties exploitées n'occupaient que les points les plus faciles.

 

Exploitation

L'exploitation des carrières de Puygiron se faisait à ciel ouvert sur toute la hauteur des bancs. L'extraction des blocs était obtenue à l'aide de tranches faites à l'aiguille ou à la pioche, avec des coins en acier qui découpaient d'un seul coup, très franchement les bancs quelle que soit leur épaisseur. Cette épaisseur variait de 20 cm jusqu'à 3 m et les bancs étaient légèrement en pente au Nord-Est avec une inclinaison d'environ 5 degrés, ce qui en rendait l'extraction relativement facile. La pierre de taille et de sciage se trouvait au-dessous d’un découvert de 3,50 m environ, et servait :

- de pierres à bâtir et de moellons, d'enrochements …

- à la fabrication d'une chaux absolument identique, dans toutes ses propriétés et qualités, à celles si estimées, du Teil et de l’Homme-d'Armes,


Propriétés et qualités

La pierre de Puygiron est un calcaire de deux couleurs bien tranchées. Les bancs supérieurs sont de belle couleur blanche, plutôt ivoire, et ceux au-dessous, d'un gris bleu intense, D'une bonne dureté moyenne, à grain très serré et très fin, elle se taille sans arrachement aucun, et l'on obtient avec facilité les arêtes les plus vives dans toutes sortes de travaux délicats. Cette pierre est également susceptible de prendre un très beau poli.


Emploi

La pierre de Puygiron trouve son emploi dans toutes sortes de constructions et de travaux d'art. Le Génie, les Ponts et Chaussées, les Chemins de fer ont avantageusement utilisé et utilisent toujours ses qualités nombreuses. Pour les édifices publics on l'employait toutes les fois que les ressources le permettaient, et on ne compte plus les villas, maisons de rapport, hôtels particuliers ou châteaux dans lesquels elle a pris place sous toutes les formes.

On en faisait :

- des soubassements, des portes, des fenêtres, des balcons, des corniches et même des façades entières.


- des perrons, des escaliers, des revêtements de toutes sortes, des dallages, des éviers, des foyers, des cheminées,

- des balustrades, des colonnes, des chapiteaux, des monuments divers, des motifs de sculpture, des vasques, des bassins, des vases, des fontaines.

- des tables de billards renommées, des doublures pour marbres riches ou de brèches, des dalles pour tanneurs et corroieries, des carrelages blancs et bleus dont les joints ne s'agrandissent pas à l'usure et du meilleur effet ; enfin on l'employait dans une quantité de travaux d'églises ou de marbrerie.

Quelques-uns des principaux travaux exécutés par la maison :

Travaux de l'usine

Les travaux de taille ordinaire s'exécutaient généralement aux carrières, mais tout ouvrage d'art soigné se faisait mécaniquement à l'usine.

Le sciage de la pierre s'obtenait au sable, au grès et à l'eau soit par des châssis alternatifs, portant les quantités de lames nécessaires suivant l'épaisseur des blocs ou les besoins, soit par fils hélicoïdaux ou tranches circulaires.

 La tournerie travaillait toutes sortes de pierres tendres et mi-dures, généralement employées pour les travaux à bon marché, mais la pierre de Puygiron, les marbres et les granits se tournaient également à l'usine. De puissantes machines, agissaient dans tous les sens, mouluraient toutes sortes de calcaires et de marbres pour les travaux les plus variés. Ces machines permettaient non seulement d'obtenir toutes sortes de courbes mais aussi des angles vifs externes et internes sans aucune écornure. Il n'y a guère que les limons, courbes et remparts ou les pièces très gauches qui ne pouvaient s'y exécuter entièrement. La nomenclature et les photos ci-jointes montrent des réalisations nationales et internationales avec un réseau commercial bien établi…

 

Propriétés et caractéristiques de la pierre de Puygiron : Des essais officiels ont été réalisés en 1901 par le laboratoire de l’École des Ponts et Chaussées de Paris pour tester et mesurer les caractéristiques mécaniques et chimiques de la pierre de Puygiron. Les chiffres ci-dessous permettent d’apprécier la qualité des différents bancs « pierre bleue ou blanche » et de quantifier les principaux constituants…

 

Analyse


Silice                                       23,10 %

Alumine                                     1,15 %

Peroxyde de fer traces

Chaux                                     60,20 %

Magnésie                                  1,35 %

Perte au feu                             14      %

Éléments non dosés                   0,20 %

 

Cette pierre résiste parfaitement au mauvais temps et à la gelée ; classée parmi les pierres dures, « elle ne prend pas de mousse à la suite du temps », ne noircit pas, mais se couvre seulement d’une légère patine opale qui augmente encore la dureté de la surface exposée à l’air. Des travaux très anciens attestent ces avantages…

Cette pierre peut rivaliser avec les meilleures pierres de la Côte d’Or, de l’Yonne et de l’Échaillon… Après un passé aussi prestigieux, la pierre de Puygiron est-elle condamnée à être utilisée en simple ballast ou enrochement, et les carrières en décharges ?

                                                                                   H. B.

(d’après brochure E. Tardieu vers 1902)



Publié dans le Giron n° 4 (avril 2003)


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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 18:36


La culture du mûrier fut introduite en France sous Henri IV qui chargea Olivier de Serres de planter 20.000 mûriers au Jardin des Tuileries. Il publia en 1599 un traité sur l'élevage du ver à soie.

Dès la Restauration en 1815 l'industrie de la soie se développe avec la production de cocons dans la vallée du Rhône. La Drôme répond à cette demande et devient le second producteur de cocons après la région lyonnaise. Les ateliers sont essentiellement des ateliers de moulinage, opération qui consiste à tordre et à filer mécaniquement le fil de soie grège. Les industriels de Lyon décident de la qualité et des prix. Rapidement ces deviennent de véritables usines. L'usine Lacroix en est un exemple. Débarrassée de la tutelle de Lyon, elle devient la Société H. Lacroix & Cie. À partir de 1859, désireux d'avoir à disposition une main d'œuvre stable, Henri Lacroix projette une extension de son usine et construit un internat-couvent comprenant des cuisines, un four à pain, une chapelle, des dortoirs pour les ouvrières. Celles-ci sont confiées à des religieuses successivement de plusieurs congrégations, dont Ste-Marthe de Romans.

L'installation de la machine à vapeur fait de cette usine la première ainsi équipée dans le département. Les bâtiments appelés St-Joseph abritent les roues à aubes alimentées par les eaux du Vermenon. Plus tard l'éclairage au gaz et le télégraphe équiperont les bureaux.

L'usine Lacroix traversera plusieurs crises, mévente, maladie du ver à soie, la pébrine, entraînant une perte de 30 % de la production. Henri Lacroix mettra un point d'honneur à ne pas licencier. Il embauche et l'effectif atteint l'effectif atteint le chiffre de trois cents trente ouvrières. De 1876 à 1879 il adjoint de nouvelles constructions, chapelle, appartements de la Direction, aumônerie. L'usine comptait douze religieuses chargées de veiller sur les ouvrières internes. Il était impossible d'échapper à cette vie communautaire réglée jour après jour entre travail et prière. L'usine recevait des jeunes filles entre treize et quinze ans. Elles recevaient un enseignement scolaire. Obéissance, ardeur au travail et une conduite irréprochable sont exigés. Un système d'étrennes récompensait les plus méritantes. Pendant les période crise on n'hésitait pas à réduire le temps de la prière et à durcir la discipline.

Sous le Second Empire les effectifs de l'internat diminuent avec le départ de certaines religieuses. L'usine acquiert des terrains agricoles et construit une minoterie pour son approvisionnement. Des familles entières s'installent à l'internat. Puygiron fournissant plus de trois pour cent de la main d'œuvre. Les ouvrières restent à l'usine quatre ou cinq ans. Elles se marient avec une dot dans leur milieu d'origine. Leur statut social les font rechercher. Se met en place un système paternaliste fermé au monde. C'est l'usine chrétienne. La Société est dissoute en 1892 et devient la Société anonyme des Usines St-Joseph car l'usine Lacroix n'avaient pas échappé aux critiques des syndicalistes pour qui ces usines-couvent étaient de véritables bagnes, on les surnommaient "les cayennes". Elle résiste notamment à la crise qui régnaient dans le textile entre 1890 et 1910 et a échappé au naufrage des moulinages. Pierre Lançon prit en main l'exploitation.

Pendant la guerre de 14/18 l'usine Lacroix comme nombre de bâtiments industriels fut réquisitionnée pour servir d'hôpital aux blessés rapatriés du front et les religieuses deviendront infirmières. La photo représente l'entrée de l'usine avec un groupe de chasseurs alpins.

Il y avait 1970 un effectif de quatre-vingt-quinze personnes. La minoterie a fermé en 1971 et comptait huit ouvriers. Le dépôt de bilan et la fermeture des derniers ateliers eurent lieu en décembre 1985. Les bâtiments actuels sont vides, le matériel a été dispersé, acheté par des professionnels du textile. Une partie importante a permis l’installation du Musée de la soie d’abord à Montboucher, ensuite à Taulignan dans des locaux mieux adaptés. (1)

Espérons que ce témoin remarquable du patrimoine industriel drômois puisse bénéficier d'une sauvegarde respectant l'architecture qui a déjà subi d'importantes dégradations.

                                                                                                                                              Photo C. P.

              (1) L'atelier-musée de la soie, place du 11 novembre, 26770 Taulignan (Drôme). Tél : 04.75.53.12.96. Site internet : http://www.atelier-museedelasoie-taulignan.com/

M. P.

Publié dans Le Giron n° 3 (septembre 2002)



Atelier-musée de la soie - Taulignan (photos C. P.)

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 17:58


…située au sud-est du village, au flanc d’une colline surplombant les champs de lavande. Lieu paisible qui protège l’actuel cimetière.

 Saint Bonnet : Bonitus est l'un des grands personnages du monde religieux et politique du VIIe siècle. Chancelier de France puis appelé en 650 au gouvernement de la Provence par Thierry III, Roi de Neustrie et de Bourgogne, il ne tarde pas à devenir évêque de Clermont-Ferrand en Auvergne. Sur le chemin de son pèlerinage à Rome, il goûte le calme et la sérénité du monastère de l'Île Barbe érigé sur une île au milieu de la Saône, en amont de Lyon. A son retour, il devient moine dans cette abbaye où il meurt à 86 ans, le 15 janvier de l'an 710 en "odeur de sainteté". Son corps et ses reliques sont alors exposés à la piété populaire à Saint-Pierre de Lyon avant d'être accompagnés par un cortège mémorable en juin 722 à Clermont. De nombreuses paroisses adoptent Bonitus pour saint patron.

                                                                                                                                       Photo C. P.

L’étude du Moyen âge se fait en principe à travers les textes. Or, l’histoire de la chapelle Saint-Bonnet de Puygiron reste obscure faute de documents écrits. Nous nous limiterons donc dans cet article à replacer l’édification de la chapelle Saint-Bonnet dans son contexte historique.

La plupart des écrits sur la chapelle Saint Bonnet sont très techniques et ne manquent pas d’intérêt. Les études faites par les archéologues nous rapprochent du XIIe siècle. Tous s’accordent à dire que la construction de la chapelle, par ses particularités techniques, ferait partie du second âge roman. Après des siècles d’anarchie et d’insécurité, l’expulsion des Sarrasins par le comte de Provence Guillaume, aidé des seigneurs provençaux s’ouvre une nouvelle ère : toute la Provence va retrouver progressivement son équilibre économique, politique et religieux. Les moines vont être les principaux artisans du renouveau de l’Église. Cependant, les témoins architecturaux de cette première grande renaissance romane sont rares, moins rares en Haute Provence que dans les plaines rhodaniennes.

                                                                                                                                     Photo C. P.

Dans la première moitié du XIIe siècle, la redécouverte des techniques de construction antiques est la source d’une seconde renaissance romane. L’action des grands monastères provençaux est prépondérante. Cependant à partir du milieu du XIIe siècle, sous l’influence de Saint Bernard, les évêques et les grandes familles locales ont tendance à accorder en priorité leurs libéralités aux cisterciens (1). Les statuts de l’ordre cistercien insistant sur la pauvreté apostolique, les petites églises de campagne sont de simples sanctuaires ruraux, construites avec peu de moyens par des artisans locaux. Ce sont des monuments construits à la mesure de l’homme, révélateurs des particularismes locaux et reflet du terroir dans lesquels ils s’insèrent naturellement (2). En plan comme en élévation, la chapelle Saint-Bonnet est un édifice d’une extrême simplicité. Elle est formée d’une nef unique et d’une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four (3). Les ouvertures, peu nombreuses et de dimensions restreintes, convenant à un pays lumineux, sont disposées au Midi et au Couchant, à l’abri du mistral. On peut observer sur la façade occidentale, une corniche en bâtière, richement décorée de motifs géométriques et floraux imités de l’antique.

                                                                                                                                             Photo C. P.

L’ensemble du bâtiment est construit en moellons de calcaire dur d’origine locale. Cela a pour conséquence de mettre naturellement en harmonie le monument et son environnement. Le rapport intime entre les matériaux et le sol dont on l’a extrait est une des données de la plénitude de l’architecture romane, véritablement enracinée dans le pays (4). Le village s’est établi autour de la chapelle Saint-Bonnet au cours du XIIe siècle. Les guerres des seigneurs en Dauphiné durant près d’un siècle, provoquant de grands désordres et générant la terreur poussent alors les villageois, au cours du XIVe siècle, à se regrouper autour du château perché construit un siècle plus tôt. C’est ainsi que les habitants de Puygiron abandonnent le site de Saint- Bonnet au profit du village fortifié : le cimetière prend place désormais aux abords du village au pied de la chapelle seigneuriale Saint-Jean Baptiste. Quelques décennies plus tard, Saint-Bonnet retrouvera sa fonction cimetériale mais non son service paroissial puisque celui-ci est définitivement transféré au centre du village avec la construction de l’Église Saint-Jean Baptiste à la fin du XVIIIe siècle.

Humble lieu de culte qui se révèle être l’âme de notre village, la chapelle Saint-Bonnet est un « héritage spirituel » que nous sommes tenus de sauvegarder et de respecter.

N. T.

 

(1) - Ordre religieux des Cisterciens fondé en 1098 par Robert, abbé bénédictin de Solesmes qui quitte son monastère et fonde un nouveau couvent à Cîteaux dans une région désertique proche de Dijon. Les moines aspirent à retrouver la pureté de la règle bénédictine en joignant solitude et conventualité dans une nouvelle forme de monachisme – « Mémoire du Christianisme », Larousse, 1999

(2) - Guy Barruol « Provence romane », tome II, édition Zodiaque, 1977, ouvrage cité.

(3) - Michèle Bois « La Drôme romane », éditions Plein Cintre, 1989

(4) - Guy Barruol « Provence romane », tome II, édition Zodiaque, 1977, ouvrage cité.

 

Publié dans Le Giron n° 2 (mars 2002)

 

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 18:54



                                                                                                    Photo : C.P.

Étymologie : Plusieurs hypothèses ont été émises toutes se référant au latin et au grec :

1) Podium Gironis (1328 : Pigeron), du latin  podium, lieu élevé, colline, et du nom girus, le cercle se traduirait donc par le “mont rond”  

2) Le lieu aurait été  possédé par un certain Giraud Adhémar en l’an 833 qui lui aurait laissé son nom : Podium Giraudonis

3) gyro aurait été également  traduit par ambitus murorum c’est-à-dire “enceinte de murailles” soit le “monticule fortifié”

              L’origine de PUYGIRON reste incertaine malgré les différentes fouilles qui ont révélé l’existence d’une villa gallo-romaine, des traces de l’époque carolingienne et d’autres signes de l’Histoire tels que la mise à jour de quelques fosses, lors des travaux d’extension du cimetière, qui sembleraient avoir été des silos à céréales du village antique entre le VIIIe et le XIIe siècle. Cependant, on peut s’accorder à dire que l’établissement sérieux du village se serait produit au Moyen âge autour de la Chapelle St Bonnet édifiée dans la seconde moitié du XIIe siècle.

                                                                                                                                                 Photo C. P.

              Les historiens qui se sont penchés sur la formation des villages décrivent un processus dit d’”inscastellamento” qui, entre le Xe et XIIe siècle, fit se regrouper les cellules familiales. Auparavant, l’habitat rural, sans valeur par rapport à celle de la terre, était vite construit, mobile et fragile. C’est alors que les groupes familiaux, la plupart du temps contraints par le pouvoir ou le système de production et jusqu’alors dispersés dans la plaine, se rassemblèrent et édifièrent des constructions en matériaux plus lourds. Ce rassemblement se serait fait autour d’un point de fixation qui d’ordinaire était l’église paroissiale et son atrium, c’est-à-dire son cimetière, et quelquefois autour de la grande demeure fortifiée, c’est-à-dire le château. C’est entre le milieu du XIe et le milieu du XIIe siècle que s’impose le mot castrum qui désigne des agglomérations de maisons jointives succédant à la dispersion antérieure. Ce qui explique  que la plupart des villages ou hameaux sont élevés sur l’emplacement d’une villa romaine.

            Il est évident que le cimetière fut le point de rassemblement. Celui-ci, situé à côté de l’église accueillait non seulement les défunts mais offrait aux vivants la sécurité. Cet espace jugé sacré interdisait toute violence.


            Fautes d’informations, les historiens conviennent que l’histoire des villages demeure obscure. Les documents écrits sont rares et peu explicites. Seules les remarquables prospections archéologiques restent convaincantes.

            Peu à peu s’installa l’ordre féodal pour des raisons économiques, financières et militaires. La concentration des habitants conduit à la formation de la seigneurie. En latin, les mots dominatio, dominium ou potestas, désignant la seigneurie de l’époque  proviennent du vocabulaire de la puissance publique, celle que le roi déléguait à leurs auxiliaires. Le titre dominus n’était attribué qu’au roi, aux évêques et aux “amis” du roi, les comtes, ces hommes qui ne partagent ce titre qu’avec Dieu et les différenciant ainsi de ceux qui détenaient le pouvoir privé à savoir le grand propriétaire ou le chef d’une maisonnée. Ils étaient investis du pouvoir de justice et de paix. 

            Depuis de longues années, les seigneurs travaillaient à être indépendants. Les guerres d’Allemagne et d’Italie  profitèrent aux troubles internes : les évêques, les comtes et les seigneurs cherchaient à s’agrandir aux dépens des uns et des autres. Naissait l’anarchie féodale. Le pays fut livré au pillage. C’est de cette triste époque que date le comté de Valentinois. 


                                                                                                             Photo : C.P.

L’édification du château de PUYGIRON date du XIIIe siècle. Les premiers comtes valentinois transmirent PUYGIRON aux Poitiers qui eux-mêmes le transmirent à des vassaux  : les Saint-Bonnet, les La Bâtie, les Rochefort. 

            L’histoire du Dauphiné est remplie de récits des guerres des seigneurs 

            Au cours des années, PUYGIRON passe entre de nombreuses mains. A la mort de Louis de Poitiers, le duc de Savoie s’empara en 1422 des comtés de Valence et de Die. En 1446, PUYGIRON fut cédé à Michel de Valpergue, écuyer du gouverneur du comté pour le duc de Savoie qui lui-même le vendit en 1448 à Jeannet de Valpergue.  En 1449, PUYGIRON, dépendant du comté de Valentinois, fut donné à Bourc d’Aurole. En 1452, Arnaud de Salvis est reconnu seigneur de PUYGIRON dans une quittance aux syndics de Valence 

                                                                                                                                                        Photo C. P.

            Une paire de ciseaux scellée dans un mur a-t-elle été témoin d’une activité artisanale florissante ? L’influence de la soie sur PUYGIRON s’est-elle faite ressentir autant que dans les communes avoisinantes comme pourrait le suggérer la présence du vieux mûrier sur la place du château ? Ou plus tard, les collines éventrées par l’exploitation des carrières de pierres est-elle le signe d’une activité économique autre que l’agriculture ?

            Quels ont été les combats, les peurs et les joies durant la Grande Guerre ou la Seconde Guerre mondiale ?

              Ce sont autant de questions que nous nous posons aujourd’hui. Curieux de l’histoire de notre patrimoine, nous nous efforçons de faire des recherches, de rapprocher les événements et les données et ainsi vous faire partager nos découvertes. Nous vous ferons découvrir au fil de nos articles ce qui nous semble juste.

            Peut-être souhaitez-vous nous apportez vos témoignages ou vos connaissances. Peut-être souhaiterez-vous compléter ou rectifier un article ou tout simplement souhaitez-vous nous faire partager vos émotions sur l’histoire de notre village. Nous sommes tout à l’écoute du passé qui donne un sens au présent et vice-versa.

                                                                                                     N. T.
Publié dans Le Giron n° 1 (décembre 2001)

 

 

  “La Drôme insolite”, Pierre Palengat, éd. E&R, 1998

“ Histoire de France - Le Moyen Age”, Georges Duby, éd. Hachette, 1987

 “Statistique du département de la Drôme”,  M. Delacroix, éd. de la  Tour Gile, 1993, p.89 :

  “Histoire de l’arrondissement de Montélimar”, André Lacroix, éd. Plein cintre,  p.144-145

 “Inventaire des archives dauphinoises”, Chevalier et Lacroix

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Un bulletin pour quoi faire ? Pour se rassembler le temps d’une lecture, se dire qu’on fait partie d’un village et qu’on a des intérêts, des souvenirs, des projets communs. Pour donner envie aux gens de réfléchir à ce qui se passe autour d’eux, à parler à leur tour car seul le dialogue fait avancer le monde.

Le village perché de Puygiron

                                                               Aquarelle de Morice Viel

Belvédère de la Drôme provençale, situé sur un mamelon dominant le Jabron et la plaine de la Valdaine, offrant un très beau point de vue. Au hasard des ruelles, on admirera portes et fenêtres encadrées de pierres sculptées. Le premier village médiéval était situé à Saint-Bonnet, près du prieuré carolingien, sur le site d’une villa gallo-romaine. Ce premier village fut abandonné au XIIIe siècle et les habitants se réfugièrent sur « le puy » sous la protection du château.

Le château : construit fin XIIe / début XIIIe siècle, construction rectangulaire flanquée de quatre tours, l’une d’elles formant donjon. À proximité, la salle des gardes, avec une énorme cheminée et des voûtes retombant sur un énorme pilier central. Une cour intérieure avec une tour Renaissance hexagonale possédant une porte ogivale et escalier à vis. Le château a été classé monument historique en 1957.

L’église, de style roman, construite en 1867. La chapelle romane Saint-Bonnet : datée du XIIe siècle, église paroissiale jusqu’en 1770, elle présente une abside en demi-cercle voûtée en cul-de-four, un chœur surélevé, une nef unique de trois travées, un escalier à vis qui conduisait à un clocher aujourd’hui disparu. La pierre de Puygiron a été exploitée jusqu’en 1914.

Puygiron a eu son chantre, le félibre Morice Viel (1881 - 1929).

D'après Jeannine Laurent (Etudes drômoises, n° 3, année 2000, p. 41)

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