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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 15:44


     Le point d'orgue des Grandes Vacances, c'était la fête au village. Trois jours d'animations diverses, la loterie avec poulet vivant à la clef, le casse-bouteille et la promesse d'une bouteille de mousseux pour les plus adroits, les parties de pétanques dans toutes les rues, la course en sacs pour les enfants...

     Mais ce qu'on attendait nous, les grands de 12 ou 13 ans, c'était le bal du soir.

     Tout d'abord l'estrade poussiéreuse montée sur la place ne servait qu'à accueillir nos pitreries. Mais la nuit tombée, elle attirait tous les regards quand, illuminée, elle s'apprêtait à accueillir l'Orchestre ! Après les traditionnels tangos et paso-dobles, qui donnaient un petit air de feria au village, les musiciens allaient-ils jouer nos tubes préférés ? Je me souviens de « l'été s'ra chaud, l'été s'ra chaud, dans les tee-shirts et les maillots ! ». Et tant d'autres rengaines magnifiques...

     Allait-on échapper aux orages fracassants qui couronnaient souvent les trop chaudes journées du mois d'août et interrompaient sans pitié les festivités, nous contraignant à nous asseoir lugubrement sur les marches d'un escalier en espérant que le ciel se calme et que les musiciens éclipsés à l'auberge reviennent et ne nous laissent pas dans le vent avec nos espoirs déçus.

     Chaque année nous nous poussions du coude aux premières mesures de nos chansons préférées, « Allez, on ouvre le bal ! » mais nous nous faisions toujours doubler par plus délurées que nous et nous nous fondions discrètement dans la foule et c'était mieux comme ça, parce qu'on avait trop la honte finalement... Et l'on « twistait à Saint-Tropez », «on l'aimait à mourir», on « bebapelulait » et « on tombait en esclavage de son sourire, de son visage »...

       Et si on n'osait pas danser le premier soir, il nous restait le lendemain et le surlendemain pour s'entraîner chez soi devant la glace. On pouvait aussi rester sur l'escalier pour critiquer les autres (qui faisaient ce qu'ils pouvaient sur la piste) et battre la mesure d'un air qui se voulait décontracté (non, non, je ne m'ennuie pas et je n'attends surtout pas qu'un certain garçon m'invite à danser).

       Moi, le garçon en question, j'avais essayé de l'impressionner l'après-midi même en sautant tout habillée dans le Jabron du haut du barrage alors que nous nous promenions avec la bande mais il m'avait regardée d'un air bizarre et le soir de la fête, il s'était rapproché d'une autre qui avait des arguments plus « solides » que les miens.

       Ça ne serait pas cette année-là que je connaîtrais le frisson de l'amour mais ce n'était pas grave... Il y avait les chansons, il y avait les promesses, et de toutes manières « moi, je me sentais d'ailleurs » comme disait Pierre Bachelet...

                                                                              D. P.

       Publié dans Le Giron n° 13 (janvier 2008)



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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 21:27

       C'était les vacances de Pâques, le temps de la confession annuelle obligatoire, des oeufs en chocolat dans le jardin et surtout un avant-goût des futures aventures des Grandes Vacances, celles de l'été ; pour nous les citadins, Puygiron était le plus beau des terrains de jeu, nous avions nos murs d'escalades, nos mats de cocagnes, nos sentes secrètes par lesquelles nous semions les indésirables... Nous étions un clan, toujours aux aguets, arpentant notre royaume à l'affût comme des gardiens fidèles, prêts à défendre notre territoire de tout changement, de tout envahissement, nous en étions les maîtres invisibles.

       Cette année-là, l'esprit enflammé par la lecture de Jules Verne (les enfants du capitaine Grant, c'était nous) et à défaut de pagayer sur l'Amazone, nous décidâmes une reconnaissance des rives inconnues du Jabron grâce à une descente en canot pneumatique. C'est que, gonflée par les pluies printanières, notre petite rivière nous séduisait encore plus que lors de nos pataugeages estivaux. Il fallut d'abord attendre le moment propice afin d'extirper de la cave sans se faire remarquer notre engin de navigation qui ne sortait qu'une fois l'an lors du traditionnel séjour à Palavas-les-flots et dont la vue aurait sans aucun doute aiguisé la curiosité de nos parents, toujours inquiets quand il s'agissait de savoir à quoi nous occupions notre temps libre. Ceci accompli avec une discrétion digne du Club des Cinq, nous prîmes le petit chemin de la croix, direction le bois de Dave point de départ de notre expédition. C'est là qu'eut lieu l'embarquement et, il faut bien le dire, le chavirage de notre embarcation... À peine le troisième larron eut-il posé le pied dans le fond humide du bateau que celui-ci se retourna et nous jeta sans ménagement dans les eaux froides et glauques qui, Dieu merci, n'abritaient point de crocodile. Je portais pour ma part une robe en laine et d'épais collants de la même matière, ce qui n'était pas la tenue idéale en milieu aquatique, mais il était trop tard pour faire demi-tour et au moins le risque de couler n'était plus à craindre puisque cela venait de se produire. Nous mîmes au point une technique de dérivage, accrochés au bateau comme à une bouée et, à nous les rivages insoupçonnés !

       Ce ne fut pas rien d'éviter les racines plongeantes des palétuviers et les rochers affleurants. Des troncs de séquoias abattus par le dernier orage nous barraient la route et nous obligeaient à plonger parfois sans toutefois lâcher le canot, seul garant de notre survie dans cet univers mouvant. Heureusement, Tom Sawyer veillait sur nous.

       C'était magique de découvrir ces nouvelles plages, ces bosquets inhabituels à nos yeux, toute une nouvelle topographie à l'intérieur même de notre territoire familier, hélas notre moyen de transport ne comportait pas de possibilité de freinage et nous privait de toute exploration terrestre ! Le courant nous entraînait à toute allure et nous passâmes bientôt sous la passerelle qui reliait Puygiron au territoire ennemi de la Bâtie Rolland. Là, la rivière s'élargissait et se pacifiait, endormant notre vigilance...

       Soudain un bruit sourd survint, de plus en plus fort, à mesure que nous glissions au fil de l'eau, la vue devant nous se dégagea... Un précipice ? Des cataractes ? Mais oui, nos chutes du Niagara à nous, sous les impressionnants silos de la coopérative agricole ! Tout à nos découvertes, nous avions perdu le sens de l'orientation et inéluctablement nous allions tout droit à la catastrophe...

       Courageusement, mes deux compagnons regagnèrent la rive la plus proche à la nage tandis que moi résignée ou téméraire je restai et même m'installai dans le bateau en attendant... Le canot glissa doucement et suivit l'inclinaison de l'ancien barrage m'emportant vers les flots bouillonnants, d'où j'émergeai toujours assise et très digne sous les regards éberlués de mes deux comparses qui ce jour-là me crurent morte.

                                                                                                                                      D. P.

           Publié dans Le Giron n° 12 (juillet 2007)

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 16:12

Enfant, je me languissais d’être à Noël : je revoyais papé, mamie, le cousin, les cousines… Nous étions si heureux de nous retrouver près du sapin si richement décoré, devant un bon feu de cheminée qui nous brûlait le visage à trop le regarder. Les préparatifs commençaient : les enfants jouaient, les parents s’activaient dans la cuisine où déjà papa se coupait en ouvrant des huîtres bien trop malignes ! Quelques petits-fours engloutis, puis nous partions à la messe de minuit. Il neigeait parfois : je trouvais cela magique, et la soirée s’annonçait plus belle encore et plus féerique. Je croyais m’envoler dans le ciel, aspirée par un ascenseur d’étoiles qui s’écrasaient inlassablement à chacun de mes pas. Évidemment, l’ascenseur s’arrêtait et je me retrouvais brutalement confrontée à la réalité : il faisait froid, j’étais mouillée et des maux d’estomac commençaient à se manifester…

Enfin, nous arrivions devant l’église où tout le monde se connaissait, au grand dam des tout-petits qui piétinaient d’impatience pour rentrer au chaud et se placer au premier rang. Car la messe, c’était un spectacle, du théâtre, une scène vivante ! Le curé nous racontait de belles histoires et nos yeux, alourdis par le sommeil, ne cessaient d’admirer toutes les lumières scintillantes de Noël. La musique enchantait. « Alléluia », nous le chantions de bon coeur, et nos pauvres oreilles souffraient lorsqu’à côté de nous, Bénédicte s’époumonait pour accueillir le « divin enfant » honorablement !

Au sortir de la messe, la nature s’était transformée : un manteau blanc avait recouvert tous les toits et les flocons de neige s’étaient figés dans le ciel au milieu des étoiles éternelles. La nuit de Noël avait commencé… Le repas était à peine entamé que déjà mes yeux se fermaient, et mon coeur rempli de lumières et de chaleur était au comble du bonheur.

C. V.

Publié dans Le Giron n° 11 (janvier 2007)
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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 15:53
 

Je me souviens de l’angélus de midi, vite vite rentrer du Jabron, tout crottés, abandonner les mûres du chemin de croix pour remonter dare-dare jusqu’au village, ce son de cloche nous reliait comme une laisse invisible, tant que l’on pouvait l’entendre nous étions en territoire connu et sa secousse sonore nous ramenait au foyer.

Si nous arrivions à temps, on allait prêter main-forte à la sonneuse de cloches, il fallait suivre le rythme, trois coups rapides sur la corde, suivis d’un « Je vous salue Marie », trois fois de suite puis une douzaine à toute vitesse. Il semblait qu’il y avait là un record à battre. Je nous revois tous, essoufflés, battant en retraite à bout de bras mais fiers de la mission accomplie tandis que la porte de la sacristie était soigneusement refermée à clef comme un secret.

Je me souviens que nous allions régulièrement et de notre plein gré dans l’église, lors des chaudes journées poussiéreuses, fatigués de jouer ou à court d’idées, avides d’ombre et de fraîcheur, nous étions toujours impressionnés et ne manquions pas de tremper nos doigts dans le bénitier pour faire le signe de croix salvateur nous préservant ainsi de la colère divine.

D. P.

Publié dans Le Giron n° 11 (janvier 2007)

 

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 19:43


Je me souviens d’Apex le gros chien-loup jaune de la famille Locatelli qui courait derrière la 2 CV de son maître en aboyant et nous faisait nous éparpiller comme une volée de moineaux (un été j’avais la jambe dans le plâtre, ce n’était pas facile !).  Au château, une ribambelle de caniches gris ou abricot, Queen, Lily ou Quinto se gavaient de su-sucres et, devant la mairie, Milou, le vieux fox-terrier d’Auguste grattait ses puces au soleil. Quand nous allions à l’auberge chercher des bonbons, c’était Whisky, vieux et gros, gros groenendael qui nous barrait l’entrée de sa sieste et nous faisait osciller longuement entre envie de friandises et frayeur. Et quand c’était pour les cigarettes des grands, c’était tout vu, on n’y allait pas du tout.

La fourgonnette de Lisbeth débordait d’ailleurs toujours de chiens. Leurs truffes au vent semblaient faire partie intégrante du véhicule… Naja, le doberman des Bentley aboyait derrière les grilles vertes du jardin que nous escaladions en son absence, nous donnant l’impression d’arpenter le territoire de Cerbère… Onéga, la barzoï (photo), sautait par la fenêtre de la cuisine d’un bond élégant et partait retrouver son copain le colley, Wolf du Jabron, qui lui ressemblait comme un lointain cousin, la chasseuse de loup et le gardien de mouton. Marcel et Mario son basset faisaient le tour du village comme les aiguilles le tour du cadran, et Yves cherchait Mirza qui suivait toujours Toutou. En ce temps, les labradors n’étaient pas encore les rois, et chiens bâtards ou fils de princes se baladaient librement, et nous les enfants félicitions chaleureusement tous les briquets et autres beagles croisés sur les chemins de toutes nos expéditions, de s’être échappés de leurs cages à poules pour aller batifoler dans la lavande et le serpolet.

D. P.

Publié dans Le Giron n° 8 (juillet 2005)

 

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Le Giron

  • : legiron
  • : Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
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L'association

                L'association "Le Giron" a été créée le 24 septembre 2001 et a mis fin à ses activités en juillet 2013. Elle avait pour objectif de favoriser la rencontre et le dialogue entre les habitants de la commune afin de réfléchir ensemble à l'évolution de leur cadre de vie.
       Au cours de ses douze ans d'existence elle a atteint ses objectifs, donnant la parole aux "anciens", pour sauvegarder la mémoire du passé et même temps ouvert un dialogue avec les idées porteuses d'un avenir ouvert sur l'humanisme, l'écologie, la protection de la Nature, et bien sûr "l'autre", celui qui existe au-delà des frontières de notre pays. Elle a publié vingt et un numéros du "Giron" distribués gratuitement sur le territoire de la commune de Puygiron et au-delà, créé une bibliothèque de prêt. "Le Giron a été déposé à la Bibliothèque nationale.
       Le blog du "Giron" continue et reste ouvert à la contribution de ses anciens animateurs pour que vive son esprit et sa philosophie.

Recherche

Le Giron, bulletin semestriel

Un bulletin pour quoi faire ? Pour se rassembler le temps d’une lecture, se dire qu’on fait partie d’un village et qu’on a des intérêts, des souvenirs, des projets communs. Pour donner envie aux gens de réfléchir à ce qui se passe autour d’eux, à parler à leur tour car seul le dialogue fait avancer le monde.

Le village perché de Puygiron

                                                               Aquarelle de Morice Viel

Belvédère de la Drôme provençale, situé sur un mamelon dominant le Jabron et la plaine de la Valdaine, offrant un très beau point de vue. Au hasard des ruelles, on admirera portes et fenêtres encadrées de pierres sculptées. Le premier village médiéval était situé à Saint-Bonnet, près du prieuré carolingien, sur le site d’une villa gallo-romaine. Ce premier village fut abandonné au XIIIe siècle et les habitants se réfugièrent sur « le puy » sous la protection du château.

Le château : construit fin XIIe / début XIIIe siècle, construction rectangulaire flanquée de quatre tours, l’une d’elles formant donjon. À proximité, la salle des gardes, avec une énorme cheminée et des voûtes retombant sur un énorme pilier central. Une cour intérieure avec une tour Renaissance hexagonale possédant une porte ogivale et escalier à vis. Le château a été classé monument historique en 1957.

L’église, de style roman, construite en 1867. La chapelle romane Saint-Bonnet : datée du XIIe siècle, église paroissiale jusqu’en 1770, elle présente une abside en demi-cercle voûtée en cul-de-four, un chœur surélevé, une nef unique de trois travées, un escalier à vis qui conduisait à un clocher aujourd’hui disparu. La pierre de Puygiron a été exploitée jusqu’en 1914.

Puygiron a eu son chantre, le félibre Morice Viel (1881 - 1929).

D'après Jeannine Laurent (Etudes drômoises, n° 3, année 2000, p. 41)

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