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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 11:42

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       Lorsque je suis arrivé dans ma belle-famille à Puygiron, j'ai découvert une activité qui m'était inconnue. Ma belle-mère pratique une activité du mois de novembre au mois de mars des plus insolites, mais qui avec le temps me paraît forte intéressante, la recherche de la truffe dans la plantation de chênes autour de la maison. Les après-midi de beau temps, ma belle-mère part avec une petite sacoche en bandoulière et un petit piolet arpentant avec beaucoup de patience, tête scrutant le sol, les allées de chênes à la recherche de la mouche annonciatrice du précieux trésor enfoui sous la terre. Le jeu réside dans l'observation de l'envol de la mouche par beau temps ensoleillé sans vent et sans gel. Vous prenez une fine baguette d'arbuste et vous commencez à balayer la surface du brûlé. Il faut avoir des qualités de patience et d'observation, car la mouche s'envole facilement et vous n'avez pas le temps de repérer l'endroit exact. Il faut donc revenir plus tard et en cas de doute, attendre qu'elle se repose une nouvelle fois au même endroit. Elle a la particularité d'avoir un vol stationnaire. Cela évite en plus de labourer le terrain n'importe où et de détruire les mycorhizes. Quand vous trouvez, vous humez la terre pour confirmation et vous rentrez à la maison montrer votre trésor, le nez, les mains et les ongles terreux Au fil du temps la recherche de la mouche a été remplacée par le chien reniflant avec beaucoup d'ardeur les contours des troncs de chênes. Animal dressé depuis tout petit il s'emploie avec fougue pour trouver le précieux trésor en échange d'une récompense de son maître.

         La truffe est un mets délicat et de la cuisine au commerce, il n'y a qu'un pas, la vente est très codifiée et dans notre région plusieurs marchés existent. Le fourmillement du Marché du vendredi à Carpentras en Provence, sur la petite place devant le Bar de l'Univers, un attroupement d'hommes et de femmes, agglutinés autour de tables jaunes, semblent tenir conciliabules. Des Rabassiers, à l'abri des regards indiscrets, le visage ombré par un chapeau, carapatés contre le Mistral dans de bonnes vestes épaisses et sombres, viennent vendre, selon un protocole bien établi, leur précieuse récolte .La truffe, c'est la magie de la nature, l'écologie depuis des siècles, l'expression vivante de terres non polluées. Nous sommes au célèbre Marché aux Truffes de Carpentras, truffes exposées dans leurs écrins d'osier (autrefois dans de petits paniers appelés toilettes) ou dans des sacs couleur argile frappés au blason de la ville. (Le non moins connu Mors de Carpentras). Nul besoin d'artifice, dès qu'on approche, dans son manteau de terre, la truffe (rabasse en provençal) envoûte nos narines. Sortie du ventre de La Terre, elle est le seul produit de luxe vendu en l'état. Ainsi dans sa tenue campagnarde, à l'image des rabassiers, elle nous fait sienne, nous chatouille les papilles.

       Qu'il soit paysan, profession libérale, fonctionnaire ou autre, une seule passion, la truffe ! Il n'y a pas d'hommes et de femmes, seulement des amoureux de la truffe, de la nature, entretenant des liens de complicité avec leur chien. Celui qui attrape le virus est " mycorhizé " à vie. Il étudie, se documente, c'est bien sûr un gourmet aimant se délecter de truffes. Il aime les faire découvrir et prêche pour faire naître des adeptes. C'est un écologique né, un terrien dans l'âme, généralement observateur, curieux, patient et persévérant. Il plante en attendant non seulement que sa plantation " donne" mais il est aussi stoïque en pensant que si cela ne produisait pas, il aura participé généreusement au reboisement de notre planète. Il plante pour lui, pour ses enfants ou ses petits-enfants. Ce sont vraiment des êtres de terroir, faisant partie d'une grande famille d'initiés aimant se retrouver sur le parvis des marchés aux truffes. Pour se protéger du mistral, le rabassier est souvent vêtu d'une veste et pantalon de velours, chapeauté bien sûr. Vêtements confortables, solides à toute épreuve. S'il a la chance d'être un producteur ou rabassier amateur, il possédera certains instruments : La musette, gibecière, sac en toile de l'armée pour mettre la récolte et surtout les gourmandises du chien. Petite barre de fer recourbée dite "lou fougnié" ou piolet au bec allongé dit "lou picoulum" ou petite fourche à deux dents dite "luchet", ou encore crochet appelé "fouji". Mais aussi fourchette recourbée en griffe, simple tournevis et j'en passe, l'imagination est toujours là ! De nos jours, l'un ne va pas sans l'autre. L'avantage du chien est qu'il possède un flair exceptionnel mais qu'il ne s'intéresse pas particulièrement aux truffes, préférant la gourmandise que lui offre son maître. Le plus passionnant est de l'éduquer soi-même. L'idéal étant de choisir un jeune et petit chien. Les trufficulteurs gardant jalousement les secrets de dressage, chacun aura ses propres méthodes. L'essentiel, en tout cas, est d'associer la truffe à une récompense, et avoir des rapports de jeu et de complicité avec son chien. 

                En conclusion la Nature nous révèle ses plus beaux trésors pour peu que l'on vive en harmonie avec les éléments naturels ; ils sont là à portée de main, il faut savoir les observer et en prendre soin, alors la Nature est généreuse…            

                                                                                         Serge Teyssier

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 17:11

 

La-foumente.jpg

 

        La tendance actuelle des producteurs viticoles est un retour certain au naturel. Avant l'utilisation des produits et engrais chimiques, le vin était naturellement bio. Aujourd’hui, le terme « bio » renvoie à « écologique »: le vin étiqueté « bio » est issu d’un vignoble cultivé avec des engrais naturels, sans composés chimiques, ni substances synthétiques. Je vais donc vous raconter en quelques lignes l'histoire d'un petit producteur de vin de notre belle région, les Côtes du Rhône, et plus particulièrement du vin de Visan. Le Domaine La Fourmente, situé sur le plateau de Visan, est une propriété familiale qui appartient à la famille Pouizin depuis 1922. Ce domaine a prospéré grâce au travail de la vigne, à l’élevage ovin, et à la polyculture. Ce patrimoine a été préservé, pendant de nombreuses années, de tous pesticides. Des amendements organiques, une rotation des cultures et un travail du sol sans désherbant chimique ont su garder la vie dans les sols.

       La grand-mère Marie-Louise et sa fille Paulette Pouizin ont commencé à travailler en agriculture biologique dès 1964 et ont participé, par leurs travaux, à l’élaboration du guide des bonnes pratiques agricoles biologiques de Lemaire Bouchet sorti en 1974. La philosophie de travail était donnée et, aujourd’hui, Jean-Louis et Rémi continuent une agriculture favorisant la vie, par le respect des sols et des plantes. Ils expérimentent sans cesse de nouveaux procédés plus bénéfiques pour aider leur vignoble à se défendre naturellement contre la pression des maladies et des insectes nuisibles. La famille Pouizin évolue dans leur travail vers une biodynamie moins conventionnelle : la Biodynamie-Forest. Elle se distingue par l’utilisation de l’élément « végétal » : des céréales, orge et blé qui sont mis à fermenter en levain puis dynamisé dans l’eau avant pulvérisation. L’utilisation des préparats à base « animale », bouse de corne et silice de corne, est exclue de leurs traitements. Les infusions et tisanes de plantes sont, elles, toujours de la partie. Pour l’instant, ces procédés semblent être la solution la plus adaptée à leur choix bio et il en ressort des vins sur le fruit qui restituent minéralité et fraîcheur. De plus, Rémi Pouizin travaille sur un mode de culture prenant en compte les énergies du vivant, leurs vibrations et leurs influences sur notre vie. Un travail de géobiologie sur les bâtiments et de radiesthésie a permis d'harmoniser les lieux. Toutes ces techniques prennent en compte les cycles lunaires et solaires, l’influence des forces telluriques et cosmiques sur les parcelles, sur les plantes, les récoltes, sur le travail du vin comme sur les hommes. Les résultats surprenants les ont encouragés à continuer leurs efforts au quotidien.

       Durant le XXe siècle, le travail fourni par la famille Pouizin a favorisé l’extension des surfaces agricoles et de la bâtisse provençale, situés sur l’appellation Côtes du Rhône Villages. Ce vignoble de 50 ha est établi sur trois types de terroirs : Les grès du miocène (terres noires argileuses sur un mètre et gravillonneuses en profondeur), des terres noires très caillouteuses sur un à deux mètres et les sols de garrigue (terre rouge et galets roulés, argiles et cailloux en profondeur). Y sont plantés les cépages typiques de la région : Syrah, Grenache, Carignan, et Cinsault. En 2000, la construction d’un chai de vinification et d’élevage des vins donne une nouvelle orientation au domaine. Finalement, un encépagement datant de 1922 à nos jours ont permis d’élaborer des vins les plus « vrais » possible : des vins fruités, ronds, souples et longs en bouche !

 

                                    Propos de Rémi Pouzin recueillis par Serge Teyssier

 

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 22:06


Fermons les yeux et rêvons un instant… Dans les temps anciens, le vin ne cessa d’être l’objet de cultes et de fêtes qui témoignent, à travers les siècles, de la reconnaissance des hommes pour ce breuvage aux pouvoirs divers. Si nous vous parlons de cela, c’est qu’aujourd’hui, toutes nos régions vinicoles possèdent un riche folklore qui s’inspire de la vigne et du vin. Notre région est bien représentée, et ce que nous appelons produits régionaux sont ici, d’admirables côtes du Rhône, et là, la Clairette de Die fabriquée dans le Diois de façon traditionnelle, comme faisaient nos anciens. Il faut faire connaître nos produits et les valoriser en démontrant qu’il est nécessaire de préserver leurs qualités en protégeant le sol, la qualité de l’air et d’apprécier le travail extraordinaire que font les viticulteurs par amour de leur métier. En tant que revendeurs de ces produits, nous nous devons d’analyser et de faire comprendre aux acheteurs l’importance de tous ces paramètres. Nous vous avons parlé du vin de notre région, mais il est un produit très caractéristique de notre Drôme Provençale : le Picodon, au parfum si particulier, au goût rebelle, tendre et généreux. Il est indispensable de placer sur son plateau de fromages ce mets si impétueux. Et si nous vous en parlons avec tant de passion, c’est que ce fromage a été affiné pendant de nombreuses années par notre grand-mère et que la vente de ce produit ne peut se faire sans un grand amour de celui-ci.

Après ce court résumé sur l’importance de nos produits, penchons nous sur leur historique. Voies d’échanges et d’invasions, la vallée du Rhône connaît la vigne dès l’Antiquité grecque puis romaine. Au Moyen-âge, les ordres religieux implantés au nord, et l’église présente au sud avec l’installation de la papauté en Avignon au XIVe siècle développent considérablement le vignoble. Les notions de terroir, de millésime, de qualité du vin s’affirment jusqu’à la création des « côtes du Rhône » au début du XXe siècle puis de l’appellation d’origine contrôlée en 1937.

Hors de l’aire de l’A.O.C., il faut parler de l’existence de la clairette de Die et de nombreuses appellations.

Et pour terminer, il faut revenir un instant à la production de fromage et dire qu’à chaque type d’alpage est né un fromage : la grande montagne se prête bien à la fabrication des grosses meules (emmenthal…), la petite montagne livre des fromages plus réduits (picodons). Des usages fixés depuis longtemps traduisent l’importance des moeurs pastorales pour les villageois : fêtes et cérémonies marquent la vie de l’alpage, foires et descentes. Des efforts réalisés sur l’amélioration des prairies, ont fait renaître les troupeaux, resurgir un vieux métier, « berger », et prendre conscience de la richesse de la montagne et de ses vallées.

Si nous vous avons parlé de ce sujet, c’est qu’il nous semble approprié au contexte actuel. Il faut défendre cette nature généreuse qui permet une bonne qualité de vie et nous souhaitons mettre en garde des personnes peu scrupuleuses à l’égard de celle-ci.

Nous terminerons avec cette dernière phrase : « Messieurs, quand on a l’honneur et le bonheur d’être convié à boire un vin tel que ceux-ci, à manger un produit de terroir, on le regarde d’abord, on le hume ensuite, puis on le goûte et enfin… On en parle ! »

                                                                                    G. et S. T.

Publié dans le Giron n° 5 (octobre 2003)



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Le Giron

  • : legiron
  • : Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
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L'association

                L'association "Le Giron" a été créée le 24 septembre 2001 et a mis fin à ses activités en juillet 2013. Elle avait pour objectif de favoriser la rencontre et le dialogue entre les habitants de la commune afin de réfléchir ensemble à l'évolution de leur cadre de vie.
       Au cours de ses douze ans d'existence elle a atteint ses objectifs, donnant la parole aux "anciens", pour sauvegarder la mémoire du passé et même temps ouvert un dialogue avec les idées porteuses d'un avenir ouvert sur l'humanisme, l'écologie, la protection de la Nature, et bien sûr "l'autre", celui qui existe au-delà des frontières de notre pays. Elle a publié vingt et un numéros du "Giron" distribués gratuitement sur le territoire de la commune de Puygiron et au-delà, créé une bibliothèque de prêt. "Le Giron a été déposé à la Bibliothèque nationale.
       Le blog du "Giron" continue et reste ouvert à la contribution de ses anciens animateurs pour que vive son esprit et sa philosophie.

Recherche

Le Giron, bulletin semestriel

Un bulletin pour quoi faire ? Pour se rassembler le temps d’une lecture, se dire qu’on fait partie d’un village et qu’on a des intérêts, des souvenirs, des projets communs. Pour donner envie aux gens de réfléchir à ce qui se passe autour d’eux, à parler à leur tour car seul le dialogue fait avancer le monde.

Le village perché de Puygiron

                                                               Aquarelle de Morice Viel

Belvédère de la Drôme provençale, situé sur un mamelon dominant le Jabron et la plaine de la Valdaine, offrant un très beau point de vue. Au hasard des ruelles, on admirera portes et fenêtres encadrées de pierres sculptées. Le premier village médiéval était situé à Saint-Bonnet, près du prieuré carolingien, sur le site d’une villa gallo-romaine. Ce premier village fut abandonné au XIIIe siècle et les habitants se réfugièrent sur « le puy » sous la protection du château.

Le château : construit fin XIIe / début XIIIe siècle, construction rectangulaire flanquée de quatre tours, l’une d’elles formant donjon. À proximité, la salle des gardes, avec une énorme cheminée et des voûtes retombant sur un énorme pilier central. Une cour intérieure avec une tour Renaissance hexagonale possédant une porte ogivale et escalier à vis. Le château a été classé monument historique en 1957.

L’église, de style roman, construite en 1867. La chapelle romane Saint-Bonnet : datée du XIIe siècle, église paroissiale jusqu’en 1770, elle présente une abside en demi-cercle voûtée en cul-de-four, un chœur surélevé, une nef unique de trois travées, un escalier à vis qui conduisait à un clocher aujourd’hui disparu. La pierre de Puygiron a été exploitée jusqu’en 1914.

Puygiron a eu son chantre, le félibre Morice Viel (1881 - 1929).

D'après Jeannine Laurent (Etudes drômoises, n° 3, année 2000, p. 41)

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