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Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.

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La fin des labours

Triste constat

 Les méfaits de l’agriculture intensive ne se limitent pas à la destruction des lombricoïdes. Le labour profond et répété, avec des tracteurs de plus en plus monstrueux, équipés de charrues non moins énormes, conduit au compactage de la sous couche sous-jacente et à la formation de ce que l’on appelle la « semelle de labour ». Les racines de végétaux ne traversent plus ce glacis et s’étendent à l’horizontale, sans profiter des éléments disponibles dans la couche profonde, avec laquelle les échanges sont bloqués. Après la récolte, les pailles sont enlevées et c’est autant de matière organique sacrifiée (n’oublions pas que la paille est la nourriture du sol). Le déchaumage systématique qui suit, quand ce n’est pas l’écobuage, défavorise la tenue du terrain (fossés remplis de boues…) ainsi que l’installation du gibier…

Parlons du désastre en Amérique du Sud… Au brésil les agriculteurs n’ont pas attendu pour tirer des conclusions quand, dans les années 50/60, la mise en culture des sols, disponibles à la suite des déforestations, s’est soldée par un échec catastrophique. En quelques années de labour, la terre arable avait disparu, emportée par l’érosion, extrêmement agressive sous ces latitudes. Bien des paysages, ravinés, ruinés, présentaient un spectacle de désolation. La construction coûteuse de digues et de terrasses, subventionnées par l’État et exigées par les banques n’a fait qu’enrayer le processus, sans l’éliminer. Des agriculteurs pionniers se sont alors tournés vers une pratique culturale qui assure la conservation des sols et la pérennité d’une production.

 

Le semis direct

 Il consiste à abandonner le labour et à semer directement dans la couche superficielle, riche en humus, les graines de céréales ou de n’importe quelle autre plante cultivable. Le sol ne reste jamais dénudé, recouvert de pailles ou résidus de la récolte précédente, qui l’enrichissent en matières organiques. Rien n’empêche la mise en place d’un engrais vert qui sera détruit sur place, ainsi que les mauvaises herbes, avec un désherbant sans résidus ni toxicité pour la vie du sol, juste avant le semis de la culture suivante. Non seulement le sol conserve sa structure et sa micro-faune, donc sa fertilité naturelle, mais le semis direct conduit à fabriquer de la terre. Les rendements se maintiennent dès la seconde année d’exploitation et, à terme, augmentent ! Sous réserve d’observer une rotation appropriée des cultures, qui permet de maîtriser les maladies et parasites, le semis direct induit des économies considérables d’engrais et de produits phytosanitaires et aussi d’investissements en matériel, tracteurs surpuissants, charrues multi socs, herses, déchaumeuses, etc., n’ayant plus leur emploi. Le cultivateur ne se plaindra pas non plus de voir sa charge de travail notablement allégée. Son outil emblématique ne sera plus la charrue mais un semoir spécialisé, équipé d’un disque ouvreur pour fendre la couche superficielle, suivi d’un autre qui la referme sur la graine, déposé à la profondeur voulue. Ce semoir permet en même temps de distribuer avec mesure, si nécessaire, un engrais en le localisant sous la graine au lieu de l’épandre sur l’intégralité du champ. 14 millions d’hectares cultivés en semis direct au Brésil à l’heure actuelle, soit la presque totalité de la surface cultivée, constituent la preuve indéniable de la viabilité de cette technique qui, pourtant, n’en est qu’à ses premiers pas chez nous.

Quelques cultivateurs audacieux, ici et là, se lancent cependant dans l’aventure et on peut espérer qu’ils en encourageront d’autres, plus timorés, à suivre la même voie. Les résultats sont là pour convaincre, même les plus sceptiques !

 

Chasseurs

Après seulement deux à trois ans de semis direct, la terre, pourtant maltraitée depuis des décennies, reprend vie. La micro-faune réapparaît, les vers de terre s’installent (de 4 à 6 tonnes à l’hectare !). Le sol se restructure et redevient fertile. Quand on se penche sur une parcelle travaillée en semis direct, on est stupéfait du grouillement des fourmis, des sauterelles, des scarabées, des araignées et de toutes sortes d’insectes. Pas de mystère ! S’il existe quelque gibier rescapé, vous le trouverez dans cette parcelle, pôle d’attraction irrésistible. Insectes, avez-vous dit ? Petit perdreau deviendra grand ! Petits escargots et vers en surface ? Le coq faisan sera ravi ! Chaumes toujours en place à la fin de l’été ? Maman caille et sa nichée seront peut-être moins pressées de partir pour l’Afrique ! Couverts assurés tout l’hiver ? Au diable la froidure et les rapaces !

 

Noblesse du sol

Le semis direct, qui n’est pas une méthode biologique, au sens strict et un peu trop mode du terme (il faut parfois se débarrasser de parasites envahissants, limaces en particulier), présente cependant l’avantage inédit de rendre compatible les exigences de rentabilité d’une production agricole et la préservation de l’environnement. Il s’agit plutôt d’une philosophie qui vise à redonner ses lettres de noblesse au sol nourricier, en respectant le milieu naturel et à transmettre un capital intact et si possible enrichi, aux générations futures.

J. P.

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Jean Portal remercie tous ceux sans qui cet article n’aurait pu aboutir : Philippe Journoud, journaliste de presse agricole, Jean-Pierre Russier et Christophe Luizet (agriculteurs) et Didier Méalarès, directeur de France SEMEATO leader mondial du semis direct, fils des Puygironnais Andrée et Robert Méalarès.


Publié dans Le Giron n° 2 (mars 2002)

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