Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Photo Richard Maire 1996 *
Parmi les réserves d’eau douce dans le monde, hormis les glaciers, citons en tout premier lieu le lac Baïkal situé en Sibérie méridionale. Il est aussi appelé Perle de la Sibérie ou Œil bleu de la Sibérie si l’on se réfère à sa beauté. Il crée un microclimat qui adoucit les températures de cette région continentale. Son altitude : 455 m. Il est alimenté par 360 rivières. Son bassin versant a une superficie égale à celle de la France.
Le plus ancien, 25 millions d’années. C’est un monde à part, comme les Galápagos, sa faune est exceptionnellement riche, on dénombre 1550 espèces animales dont 27 endémiques. D’où son intérêt pour l’étude de l’évolution. Véritable laboratoire planétaire, il a d’ailleurs été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996.
Le plus profond, 1637 mètres, une faille gigantesque de 636 Km de longueur (le rift Baïkal, voir sur http://dino53.free.fr/pages/un_rift.html). Son volume est de 23.600 Km3 soit 260 fois celui du lac Léman. Environ 20 % de l’eau douce du monde (y compris les glaciers). Depuis 1946 une équipe de scientifiques a constaté une augmentation de sa température de 1,26 °C liée au réchauffement de notre planète.
Il est pris par les glaces cinq ou six mois de l’année sur une épaisseur pouvant atteindre 70 cm, paralysant les navires de pêche mais permettant aux véhicules et aux hommes de s’y déplacer. Les pêcheurs forent des trous dans la glace et trouvent ainsi de quoi se nourrir.
Photo Richard Maire 1996 *
Au début du XXe siècle des trains transsibériens l’ont même traversé en hiver sur une voie que l’on montait et démontait ensuite avant la fonte des glaces. Il est arrivé que des trains disparaissent corps et biens dans ces profondeurs abyssales. Plus tard les trains furent embarqués sur deux brise-glace ("Baïkal" et "Angara", construits à Newcastle et acheminés sur place en pièces détachées !) avant que des travaux titanesques ne permettent le contournement du lac par le sud.
Cette ressource colossale a été très polluée à l’époque soviétique et au-delà par l'usine de cellulose de Baïkalsk qui a déversé, jusqu'en 2007, 115.000 m3 d'eaux usées par jour. Des scientifiques japonais ont été appelés en renfort dans les années 90 pour tenter de restaurer la qualité des eaux. Un crédit de 22,4 millions de doIlars de la Banque mondiale a permis de mettre cette usine aux normes. Il semblerait que ces efforts aient porté leurs fruits.
Une nouvelle menace est apparue, un projet d’oléoduc passant à 800 m du rivage est décidé par Transneft, monopole d’État propriétaire de tous les oléoducs de Russie. On se souvient de régions inondées par des fuites d’oléoducs en Sibérie. Une très forte mobilisation locale, nationale puis internationale (Greenpeace, WWF, Unesco...). Puis en juin 2006, le Président Poutine, après avoir déclaré précédemment : les écologistes ne doivent pas entraver le progrès économique, annonce le détournement de l’oléoduc à 400 km du lac. Ce revirement est l’aboutissement d’une mobilisation citoyenne et de la pression des ONG sur les banques d’investissement internationales auxquelles doit recourir Transneft pour financer ce projet de 16 milliards de dollars. La prise en compte d’un risque écologique très élevé (forte sismicité, le dernier violent épisode a eu lieu fin août 2008) a remis en question ce projet. De grandes banques ont souscrit aux principes d’Équateur instituant une certaine déontologie concernant le développement durable. D’autre part, du fait d’une surexploitation hydroélectrique due à la forte demande énergétique de la Chine, le niveau des eaux ont tendance à baisser portant préjudice à la reproduction des poissons et des oiseaux qui nidifient sur les bords de l’émissaire Angara.
Enfin la découverte de gisements minéraliers très prometteurs dans la région va entraîner des conflits entre décideurs politiques et écologistes.
Les amoureux de la Perle de la Sibérie doivent rester vigilants.
* Mes remerciements les plus chaleureux à Richard Maire, directeur de recherches au CNRS, qui m'a aimablement autorisé à publier ses photos personnelles ainsi que son commentaire :
"Les photos ont été prises en 1996 sur le plateau karstique du Tageran, zone semi aride qui surplombe le lac Baïkal juste au Sud de l'île d'Olkhon, sur le bord Ouest du lac. Le plateau est formé par des marbres du Précambrien dans lesquels s'ouvrent de multiples grottes datant du Miocène, au moment où le rift s'est formé." R. Maire
Je remercie vivement François Valla, directeur de recherches au CNRS, pour m'avoir mis en relation avec Richard Maire.
C.P. Nouvel article (12 août 2008)
Sources : http://www.wwo.fr et Wikipedia