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Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.

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Adieu Kikou…


                                                                           Frédéric Bintein 1987 

Frédéric, Fred, et on a envie d’ajouter Kikou car pour les plus vieux de tes amis tu as su garder ton enfance intacte, l’âme simple et généreuse, de celui qu’ils ont connu petit, un peu sauvage, si sensible à tout ce qui l’entourait et qui l’est resté. Nous te parlons comme on pourrait te parler, assis avec toi et Karine, dans la salle de ta maison où vous accueilliez vos amis, avec un air de musique qui traînait, Léa faisant ses devoirs, Alice lisant dans sa chambre, et la chatte allaitant ses petits. Mais aujourd’hui on est mal, on a du chagrin, car tout ce bonheur tranquille, que l’on ne mesure pas quand on le vit au jour le jour, est saccagé. On a mal parce que tu nous laisses avec le bonheur de l’amitié, de l’affection, rompu, parce que tu devais encore vivre pour toi et les tiens, que cet assombrissement touche le reste de notre vie. Un ami c’est le prolongement de soi même, c’est un morceau de son espace privé et rien n’est plus pareil s’il en est arraché. On sait qu’avec le temps on pourra t’évoquer plus sereinement mais rien ne comblera ce trou dans le tissu brillant de l’amour, car l’amitié, c’est de l’amour. On a du chagrin car tu nous manques déjà, on a du chagrin pour ta famille dont on est solidaire, nous ne sommes pas ta famille de sang mais ta tribu qui elle aussi pleure.

On croit ou on ne croit pas que les morts continuent leur vie quelque part. Parmi nous certains ont l’espérance que tu ne nous quittes pas définitivement et que dans ce silence de l’absence tu veilles et nous te veillons et qu’un jour dans une grande lumière, chacun retrouvera celui ou celle qui l’a quitté. Mais si l’on n’a pas cette espérance là il y a une certitude pour tous c’est que tu nous habites et que quelque chose de toi est greffé en nous comme ces plantes que tu aimais. C’est aussi cela l’immortalité, cette transmission du souvenir. Nous ne taillerons pas nos rosiers sans penser à toi qui aimais garder aux plantes leur aspect le plus naturel, toi qui aimais cette alliance avec la terre et tout ce qui poussait et refusait la domestication brutale des hommes. Quand tu prenais le virage devant le château avec ta remorque bourrée de branchages, d’outils, il y avait ton sourire au volant, ta main amie qui faisait un petit geste.

Cher jardinier plus savant que tu ne voulais le dire, ingénieur trop modeste, optant pour la simplicité absolue, les vertus humaines, le respect pour tous, la justice, nous te donnons les fleurs invisibles de ce jardin intérieur où nous cultiverons ton visage qui nous habitera jusqu’à ce qu’à notre tour nous fassions le grand voyage jusqu’au quai où tu nous attendras.

 

N. P.

Publié dans Le Giron n° 6 (juillet 2004)

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