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Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.

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Portrait : Paul Dubourg, une vie digne


Il faisait partie de ces gens qui vivent sans histoire spectaculaire, se respectent et respectent leur voisin, dans une dignité absolue. Avec sa femme, Léone, aujourd’hui également disparue, ils formaient un couple que tous les Puygironnais regardaient avec amitié, tant rien de négatif ou d’agressif n’émanaient d’eux. Serviable, sans ostentation, discret, il n’en avait pas moins une fermeté d’âme, des certitudes et des valeurs que sa fille, aujourd’hui mère et récemment grand-mère, a pu évoquer pour nous qui souhaitions aller plus loin dans la connaissance de l’homme tranquille. Nous avions le souvenir d’un fonctionnaire municipal, d’abord garde-champêtre, ensuite secrétaire de mairie prenant son travail avec le plus grand sérieux, informé dans le détail sur tous les dossiers qu’il eut en charge, exerçant ses fonctions pendant une vingtaine d’années avec compétence et grande affabilité.

L’homme s’est construit année après année dans la confrontation avec les conditions de vie difficiles des cultivateurs du début du siècle. L’effort forgeant son tempérament, formant son caractère. Il évoquait souvent son enfance à Réauville, la présence, le rayonnement exercé par les moines d’Aiguebelle, le souvenir du goûter offert, si rare, et aussi les « raclées » données et reçues entre enfants de Réauville et de Montjoyer ! La guerre des boutons n’était pas loin. Il aimait rendre visite à son oncle, Père-abbé à Aiguebelle, auteur de l’histoire de Réauville. Après le certificat d’études il n’est pas question de continuer, malgré son goût pour l’étude. Il se met au travail à la ferme. Il a douze ans. Et à la mort du père il élève les quatre frères et soeurs beaucoup plus jeunes que lui. Il participe à la guerre, en Alsace, en 1939-40 et quand il rentre, il a la satisfaction de voir sa petite soeur faire les études que lui n’a pas pu faire. Le devoir, il ne connaît que ça et c’est normal. Nul regret ni amertume, nous dit Marie-France sa fille, il était naturel de s’occuper de la famille et il a attendu que tous les frères et soeurs soient casés pour se marier avec Léone qui vivait à Valence, était de la ville, instruite et musicienne.

Elle travaillait comme secrétaire et a eu du mal, par contre, à se faire à l’isolement, la rigueur de la vie à la campagne. Il sera un père attentif pour son unique enfant, l’assistant dans son travail scolaire, se réjouissant quand elle est devenue institutrice. Un père pudique, peu expansif, très présent, exigeant pour sa fille comme il l’était pour lui-même, n’accordant pas de place à la tricherie. La droiture, la clarté, commandant toute l’existence. Il fut l’ami de quelques proches, jamais le joyeux compagnon de festivités qu’il fuyait plutôt. Non pas triste, ni sombre, nous dit-elle, mais sérieux, jamais léger, sans débordements non plus. Et sûr, fidèle à ses engagements, avec un vrai jugement sur les êtres et le cours des choses. Il aurait été si heureux de connaître son arrière petit-fils Sofiane, né quinze jours après sa mort, qui vit aujourd’hui dans la ferme familiale avec ses parents. Une belle figure tutélaire pour la jeune famille installée entre les vieux murs.

                                                                                                        N. P.

            Publié dans Le Giron n° 7 (janvier 2005)

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