Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Ile de Sao Vicente - Mindelo Photo C. P.
Des Puygironnais vivent loin du village et même des frontières de la France : Raphaëlle Salomone et Stanislas de Pontcharra nous écrivent du Cap-Vert.

L’archipel du Cap-Vert, au climat tropical sec, n’est pas un cap et il n’est guère vert… mais quel joli nom ! Ce nom lui vient de la presqu’île verdoyante du Cap Vert, située à la pointe extrême de l’Afrique occidentale où se situe Dakar, capitale du Sénégal. L’île la plus proche du continent se situe à 500 km des côtes du Sénégal, c’est Santiago avec la capitale de l'archipel : Praia.
Photo S. P.
Ces îles sont sorties de l’Océan vers le milieu du tertiaire et sont des reliefs jeunes. L’existence du Cap-Vert sur les cartes géographiques commence en 1460 avec la découverte par des marins portugais de cet archipel vide. Son histoire débute quelques années plus tard avec l’installation de colons pauvres et d’aventuriers envoyés par la Couronne. Ces îles non habitées, servirent de base aux Portugais qui y déposaient des Africains pour les vendre comme esclaves en Europe et Amérique.
Poussières d’îles en Atlantique, parfois oubliées des cartographes, archipel de 4.000 Km2 (la moitié de la Corse), et 400.000 habitants, le Cap-Vert fait partie du continent africain. Tendance plus brésilienne par le métissage et la musique, il comprend dix îles toutes différentes les unes des autres et deux îlots. Ici, la terre est pierre, pierre volcanique, basalte, pouzzolane. Un seul volcan est en activité sur l’île de Fogo. Sa dernière éruption eut lieu en 1995.
Photo N. P.
L’eau : absence et présence. L’eau douce rare, toujours bénéfique quand elle tombe pendant les mois d’été de juin à octobre. Cette année, seulement trois fois en quinze minutes sur notre île : un désastre ! Pourtant avant l’eau qui féconde, nourrit, avant l’eau rare, c’est l’eau salée, c’est la mer, son immensité qui domine. L’eau de mer, c’est le bateau, c’est le départ, c’est la liberté de rester ou de partir. Sans le bateau, le Cap-Vert n’aurait pas existé.
Photo S. P.
Après cinq siècles de domination portugaise, le Cap-Vert accède à l’indépendance le 5 juillet 1975. Complètement ignoré avant 1975, absent de presque toutes les cartes géographiques, Le Cap Vert est maintenant connu, reconnu, respecté. L’action politique, diplomatique n’est pas étrangère à cette situation. Pays démocratique, pluralité des élections depuis 1991. Il y a une langue qui gouverne, c’est le portugais, reste de la colonisation et une langue qui règne, le créole. Ce pays jeune nous a conquis, la vie n’est pas facile pour certains Capverdiens, mais le développement fondé en partie sur le tourisme devrait apporter de l’eau à son moulin.
Noirs, Blancs et Métis du Cap-Vert revendiquent fièrement la richesse de leur patrimoine poétique et musical, issu d’affrontements et de mélanges, et dont la « morna » désormais célèbre dans le monde entier, représente la valeur la mieux partagée. Cesaria Evora (photo ci-dessous) en est la grande ambassadrice. C’est elle qui a fait connaître Mon petit pays, comme elle le chante au monde entier. Tous les Capverdiens font de la musique, chantent et dansent… malgré la dureté de leur vie. Ici rien de superficiel, pas d’artifice, tout est authentique : population hospitalière, belle, accueillante. Nous aimons beaucoup Tcheka son deuxième CD « Nu Monda ». Une autre amie, Gabriela Mendes lance son premier CD en France actuellement… Ildo Lobo, Banna, Theofile Chantre,
Lura, etc… Ce petit pays est très riche musicalement, poétiquement. Jean-Yves Loude, écrivain et ethnologue, a étudié en profondeur l’histoire du Cap Vert. Il lui a ainsi consacré des livres passionnants comme Cap Vert, notes atlantiques qui débute ainsi : Les îles créoles du Cap-Vert sont comme des notes noires et blanches jetées en Atlantique… (Collection de poche Babel, 2002).

Nous sommes sur l’île de Sao Vicente, 16 Km sur 24, superficie 227 Km2. Mindelo, la deuxième ville du Cap Vert comptait dix-sept mille habitants en 1874… quatre vingt mille en 2005. La baie de Mindelo est classée la quatrième plus belle baie du monde, c’est un ancien cratère. Au XIXe siècle, elle pouvait abriter jusqu’à deux mille navires. Les Anglais y avaient installé une base de ravitaillement de charbon pour les navires de sa flotte impériale.
Notre construction se trouve face à la mer, à 16 km de Mindelo. Rien n’est facile, mais nous espérons pouvoir ouvrir notre maison d’hôtes soit cet été, au plus tard avant la fin 2006. Notre petite île de Puygiron, sa communauté, nos amis, nos familles, nos paysages nous manquent beaucoup et en cette période de fêtes encore plus. Nous souhaitons à tous beaucoup d’amour, de paix, un joyeux Noël et vous adressons nos meilleurs voeux pour l’année 2006.
Notre site : http://www.goa-mindelo.com/
R. S. et S. P.
Publié dans Le Giron n° 9 (janvier 2006)