Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Après la guerre de 1914, la population de Puygiron comptait environ 150 à 200 habitants. Trois routes empierrées desservaient Puygiron : la liaison Montélimar-La Bâtie Rolland, et les routes partant vers Rochefort et vers Espeluche. Les routes départementales étaient entretenues par le cantonnier, le Père Gay. Il nettoyait les fossés, bouchait les trous des routes empierrées jusqu’en haut de la montée d’Espeluche… Il partait à pied, en fumant sa pipe (pendant la guerre, il fumait de la luzerne !) avec une brouette, une pelle, une faux et un taisson. Puis son fils, Georges (Lélé), est devenu cantonnier départemental. Les gros travaux étaient réalisés par des entreprises. La pierre provenant de la carrière de Lili Tardieu, sur la route de Rochefort, était transportée sur un tombereau. Un gros rouleau à vapeur qui fonctionnait au charbon tassait les couches de pierre. Les fermes du village, dans lesquelles vivaient plusieurs familles, étaient desservies par des chemins vicinaux. Le curage des fossés, l’écoulement des eaux étaient assurés alors par les fermiers… En effet, chacun d’entre eux était annuellement redevable d’une à deux journées de corvée « payables » en journées d’homme ou de cheval attelé au tombereau. Les troupeaux de brebis gardées le long des chemins assuraient le désherbage.
La circulation à Puygiron fut d’abord pédestre… Les enfants « montaient » à l’école le matin à 8 h 30, descendaient à 11 h 30, remontaient à 13 h 30 et finissaient la journée à 16 h 30. La commune est vaste : certains avaient 2 à 3 kilomètres de marche ! L’hiver, garçons et filles étaient chaussés de galoches : chaussures à empoigne de cuir et semelle de bois. Par grande bise et grand froid, les plus éloignés apportaient un repas froid de midi et mangeaient à côté du poêle de l’école. Tout le monde marchait : les champs étaient dispersés. On y allait à pied, l’outil sur l’épaule et à côté de l’attelage (chevaux, mulets ou boeufs). On se rendait même à la veillée chez M. Loche à Rochefort en marchant ! Les marchands ambulants passaient avec leur malle sur le dos et vendaient des aiguilles, du fil, etc.…
La charrette était un moyen de transport très utilisé. Un plateau sur deux roues hautes à mi-longueur pour transporter le foin, la paille, les gerbes de blé, le bois en bottes et tirée par un cheval, un mulet ou deux boeufs. L’épicier d’Espeluche, le rémouleur, le ramasseur de peaux de lapins, le coquetier (ramassait les oeufs, les poulets et lapins) passaient avec leur charrette.
Le tombereau était une caisse sur deux roues en bois utilisé surtout pour le transport du fumier.
La jardinière était destinée au transport
des femmes, des hommes et des enfants avec un espace pour les marchandises vers les marchés et foires. Les roues hautes étaient plus fines et légères mais toujours en bois et ferrées. Il y avait quelquefois un siège. Elle était en général peinte en noir et parfois décorée. Comme elle était légère, on pouvait se permettre de mettre le cheval au trot. Quand on se rendait à Montélimar, on laissait les chevaux à la maison Moulin avant le pont, dans une remise. La commune avait un corbillard dans un garage dans la montée du village… C’était un fermier qui prêtait son cheval, revêtu à l’occasion d’une couverture noire décorée. Les voisins étaient les porteurs.
Les vélos sont apparus juste avant la guerre de 1914. On les utilisait pour aller travailler à l'usine de moulinage et à la minoterie Lacroix.
Les femmes les ont utilisés plus tard vers 1930. Les vélos d’homme avait un cadre à barre horizontale. Les femmes, qui portaient des jupes assez longues à l’époque, avaient des vélos avec un cadre en V : un filet de chaque côté de la roue arrière, évitait aux jupes de s’accrocher aux rayons. Les bicyclettes sont devenues de plus en plus nombreuses et utilisées pour aller au travail jusqu’à Montélimar. On portait son vélo sur l’épaule pour passer à pied les sautières. Le facteur sur son vélo, avec sa sacoche en cuir, passait six jours par semaine.
Même l’épicier Caiffa venait de la Bâtie Rolland à Puygiron en triporteur, avec son coffre à l’avant…

Le Picodon, petit train à vapeur (on disait tramway) qui reliait Montélimar à Dieulefit, dès 1893, en pas moins de deux heures. Pour la fête du 15 août, on lui ajoutait des wagons et on le poussait dans les montées !!! Monsieur Sauvan vendait les tickets dans l’ancienne gare de Puygiron située au carrefour de Top semences.
Puis l’automobile apparut : quelques rares Puygironnais osaient conduire après la guerre de 14. Le permis de conduire était simple et n’était qu’une formalité… Il n’y avait pas d’auto-écoles. On s’exerçait et allait passer le permis à Montélimar avec... sa propre voiture !!! Mais beaucoup conduisaient sans permis. Les femmes étaient considérées inaptes…
C’est Joseph Viel qui eut la première automobile à Puygiron, puis son cousin Léon Viel s’acheta une limousine à capote. Gabriel Mouillac, le boulanger du village qui faisait sa tournée deux ou trois fois par semaine avec un cheval, le fit ensuite quotidiennement avec son automobile à capote. Il ne savait pas très bien conduire et sa fille, Mireille, l’accompagnait par prudence et se mettait parfois au bord de la route pour les manœuvres difficiles…
L’épicier d’Espeluche, Albert Luizet, passait le jeudi avec une petite camionnette et ramassait les oeufs et les échangeait contre de l’huile ou du beurre.
Pendant la guerre, le manque de carburant entraîna une réapparition des vélos pour ceux qui avaient la chance d’en posséder car il n’était pas question d’en acheter. De même les pneumatiques étaient introuvables.
Quand retrouverons-nous la tranquillité des chemins, placettes, rues et ruelles ?…
Propos recueillis par D. R.
Merci de me faire partager tous ces délicieux moments de souvenirs et de perpétuer ainsi la mémoire de Puygiron
D. R.
Les différentes photos de cet article sont tirées des livres : « Le canton de Marsanne en Drôme provençale », « Montélimar au temps d’Émile Loubet » et « C’était hier à Montélimar ».
Publié dans Le Giron n° 9 (janvier 2006)