Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Cette soirée du 1er juin restera gravée dans nos mémoires. Merci à Damien Arnoux d'avoir organisé cette conférence sur le réchauffement climatique à Puygiron, en invitant Delphine Six, glaciologue au CNRS de Grenoble. Cette jeune scientifique abordable, dynamique et passionnée, étudie grâce à des forages dans la glace de la banquise, les variations climatiques de notre Terre depuis 700.000 ans, afin de mieux cerner l'avenir de notre planète. Elle a déjà entrepris trois voyages au coeur de l'Antarctique, immense continent du bout du monde centré sur le pôle Sud, constitué d'une calotte glaciaire épaisse de 3.400 m et d'une superficie grande comme 22 fois la France.
Au travers de la présentation photographique de ces périples, nous avons pu juger du caractère extrême des conditions de vie et de déplacement sur ce dernier espace vierge où les températures oscillent entre - 80°C l'hiver et -50°C l'été. Ces températures excessivement basses permettent à la neige de ne jamais fondre et de constituer ainsi l'épaisse couche de glace de la calotte polaire, en emprisonnant des bulles d'air, témoins de la composition de l'atmosphère des millénaires passés. À partir de l'analyse de ces bulles d'air, les scientifiques arrivent à quantifier les taux de CO2 et de méthane (gaz à effet de serre), et retrouver les températures ancestrales. Étonnamment, tous les 100 000 ans, alternent périodes de glaciation et périodes de réchauffement engendrant alternativement des avancées de glaciers englobant des parties de continents ou des hausses du niveau des mers, et tout cela pour une simple différence de température moyenne de 4°C ! Aujourd'hui, nous sommes dans une période chaude et nous rentrerons vraisemblablement d'ici 10 000 ans dans une période de glaciation.
Depuis le milieu du XXe siècle, les scientifiques constatent que les taux de concentration des gaz à effets de serre ont largement dépassé les pics des périodes les plus chaudes des 700 000 dernières années, et que la température sur Terre a augmenté de + 0,6°C en moyenne. Pour simplifier, les scientifiques internationaux s'accordent tous pour affirmer que l'activité humaine est largement responsable de ce dérèglement climatique. Ils s'attendent à une augmentation de la température de 1,4°C à 5,8°C d'ici 2100. Ce réchauffement serait certainement davantage marqué en hautes latitudes et sur les continents, entraînant des précipitations plus fréquentes mais malgré tout la fonte des glaciers. En effet, ceux qui n'ont pas leur source d'alimentation à plus de 3.500 m d'altitude n'existeraient plus (glaciers alpins). En 2050, la banquise disparaîtrait au pôle Nord et il n'y aurait certainement plus de courant froid permettant les circulations océanique et atmosphérique qui tempèrent nos côtes européennes. Les terres glacées du Canada et de Russie en fondant libèreraient en grande quantité du carbone dans l'atmosphère (permafrost) réalimentant ainsi le processus engagé. La fonte de la calotte polaire de l'Antarctique entraînerait une élévation du niveau de la mer de 70 m, et par conséquent des migrations humaines importantes.
En conclusion, le monde scientifique s'accorde sur trois points : La Terre se réchauffe, elle va continuer à se réchauffer et l'homme en est le principal responsable. Cependant les différents modèles de simulation scientifique ne sont pas encore capables de prendre en compte tous les facteurs intervenant dans ce processus de modification du climat. On ne connaît, par exemple, pas encore le rôle que joueront les océans (phytoplancton) et la végétation (photosynthèse) dans l'absorption des gaz à effet de serre émis par notre civilisation. De l'avis de tous, il est pourtant urgent d'agir et ces rencontres avec des scientifiques de haut niveau, qui savent expliquer simplement des phénomènes complexes, clarifient notre compréhension et développe notre prise de conscience de l'impact de notre quotidien sur l'environnement.
D. R.
Publié dans Le Giron n° 12 (juillet 2007)