Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Le développement durable est bien à la mode ces temps-ci et il ne faut pas s'en plaindre même si il est souvent utilisé de façon opportuniste et démagogique par nos hommes politiques. Mais c'est quoi au juste le développement durable ? Pour moi il est à l'économie mondiale actuelle ce que l'agriculture biologique est à l'agriculture, ce que l'homéopathie est à la médecine, ce que l'amitié est à la relation de bistrot. C'est fonctionner en pensant un peu plus loin que le résultat, visible et immédiat de nos actes. Au jardin potager, d'ornement, de ville ou de village, c'est d'utiliser des techniques peu gourmandes en énergie (dont la nôtre, nous aussi nous voulons durer), laissant le sol et son environnement propres et donnant un résultat positif (je précise car il est des pratiques aux conséquences durables mais catastrophiques) et stable. Vous, je ne sais pas, mais moi j'adore les exemples.
Travail du sol
Au jardin, tout vient du sol ; un sol durablement fertile est un sol suffisamment pourvu en humus ; celui-ci provenant de la dégradation de la matière organique fraîche (feuilles et tiges mortes, paille, tonte, etc.) par les vers de terre, les microorganismes et acariens et insectes du sol, il faudrait éviter de chambouler l'agencement naturel du sol par le bêchage et lui préférer un travail superficiel au croc, par ailleurs plus rapide et moins tuant pour le dos. Un sol ne devant jamais rester nu, on paillera les massifs, planches de légumes et parcelles restant vides en hiver.
Fertilisation
Les engrais chimiques sont destinés à nourrir la plante pas le sol ; ils n'apportent qu'une "fertilité" temporaire car ils sont peu fixés par le sol donc fortement lessivés par les eaux de pluie ou d'arrosage avec gaspillage et pollution à la clé. Les engrais et amendements organiques, eux, nourrissent le sol en participant à la formation de l'humus et par là du "complexe argilo-humique", véritable réservoir d'élément nutritifs pour la plante. Si le champion des engrais organiques est sans conteste le fumier, en la matière tout est bon à prendre, entre autres les feuilles mortes. Ne sont-elles pas un des rares apports dont bénéficient les arbres en forêt ? Il est bien certain que vingt-cinq centimètres de feuilles de platane ne feront pas du bien à une pelouse mais qu'on aura plutôt intérêt à les ramasser, mais pourquoi viser le zéro feuille sur son terrain ? C'est se priver d'une partie de l'ambiance automnale et de pas mal de matière organique.
« Mauvaises » herbes
Il faudrait plutôt parler d'adventices, c'est-à-dire de plantes poussant "à côté" de la plante cultivée. Il faudrait arrêter aussi de ne les voir que comme des nuisibles à éliminer coûte que coûte. Une de leur utilité principale est de ramener en surface, grâce à la diversité de leurs enracinements, des quantités d'éléments inaccessibles à la plante cultivée. On a donc intérêt, quand elles deviennent trop encombrantes, à les arracher et à les laisser se décomposer sur place. D'un autre côté, elles nous renseignent sur les déséquilibres du sol et contribuent à les corriger.
Si malgré tout la vue d'une adventice vous donne de l'urticaire, oubliez votre pulvérisateur et préférez-lui le paillage, la binette ou à la limite le désherbeur thermique. Les herbicides sont inadmissibles : ceux-ci polluent (le roundup et autres herbicides ayant le glyphosate comme principe actif sont effectivement biodégradables mais un de leurs produits de dégradation est le formol, toxique pour la microfaune du sol), leur fabrication ne l'est pas moins, ils sont dangereux pour l'utilisateur et le jardin des voisins et de plus ils sont chers.
Maladies
Ici encore il vaudrait mieux réfléchir un peu avant de se jeter sur son pulvérisateur. Les produits phytosanitaires sont (à part la bouillie bordelaise) peut-être encore plus néfastes que les herbicides : ils ont les mêmes défauts et peuvent en prime perturber l'équilibre du jardin en tuant, outre le parasite visé, les insectes utiles (abeilles, coccinelles, chrysopes, etc.) et en induisant des phénomènes de résistance chez les nuisibles. Il en va des plantes comme des humains : ce n'est pas parce qu'on est malade qu'on est en mauvaise santé mais c'est parce qu'on est en bonne santé qu'on n'est pas malade. Une plante adaptée au climat, plantée à bonne exposition dans un sol propice et cultivée comme il se doit, a bien peu de chances d'être la proie des parasites ou maladies. Beaucoup des jardiniers ont d'autre part constaté une diminution des problèmes phytosanitaires depuis qu'ils ont arrêté tout traitement, laissant faire les auxiliaires (animaux utiles) et les défenses naturelles des plantes. Les agriculteurs sont souvent accusés de tous les maux en matière de pollution des eaux et des sols mais je serais curieux de connaître la part de marché que représentent les particuliers en ce qui concerne les produits phytopharmaceutiques.
Taille
Les flemmards vont encore être contents car la taille des arbres et des arbustes est de plus en plus souvent remise en question. Un professeur du Lycée horticole de Romans commence son cours sur la taille par un superbe « savoir tailler c'est savoir ne pas tailler ». Sans parler du laurier rose pour qui la meilleure taille est de perdre son sécateur, la taille (hormis de nettoyage) se justifie rarement pour les arbres et pratiquement jamais pour les arbustes (mis à part les rosiers, vignes et autres sarmenteuses. La taille courte des arbustes à fleur, outre de les défigurer et d'hypothéquer leur floraison, provoque l'émission de pousses vigoureuses qui attirent presque à coup sûr les pucerons. La taille sévère des arbres à bois tendres (peuplier, saule, marronnier, etc.) entraîne souvent la pourriture interne des charpentières et même du tronc. Pour les arbres et arbustes, la taille devrait se limiter à supprimer les branches mortes, trop vieilles ou mal placées. En ce qui concerne la taille des haies monospécifiques (composées d'une seule espèce), optez pour un profil "naturel" : arrondi pour les feuillus, conique pour les conifères. Il y a ainsi moins de dessus à tailler et la vigueur se répartit plus régulièrement de la base au sommet de la haie.
Haies
Si vous voulez planter un écran, oubliez un peu les leylands, cyprès bleus et lauriers amande qui ont montré leurs inconvénients : corvée de taille, épidémie de champignons et acariens parasites, et créez plutôt une haie sauvage mélangée (petits arbres, arbustes à fleurs et à fruits) qui ne demande que peu d'entretien, sert de refuge à bon nombre d'auxiliaires et offre un aspect changeant au fil des saisons.
Arrosage
L'eau est en passe de devenir un des problèmes majeurs de l'humanité. En plantant des espèces tolérant la sécheresse, en pratiquant le paillage, en acceptant de voir les pelouses jaunir en été, en réservant les arrosages aux plantes qui en ont vraiment besoin on peut, à notre échelle, lutter contre le gaspillage de l'eau.
Le développement durable du jardin c'est moins de dépenses, plus d'harmonie et, surtout, la satisfaction d'avoir contribué à laisser derrière nous un bout de planète équilibré, fertile et riche de potentialités multiples.
Frédéric Bintein
Quelques livres pour passer à la pratique :

- Le jardin potager biologique. Claude Aubert. La Maison rustique
- Ravageurs et maladies au jardin ; les solutions biologiques. O. Schmid et S. Henggeler. Terre vivante. (Les quatre saisons du jardinage)
- La Gazette des jardins. (bimestriel). En kiosque ou par abonnement. 23, av. du Parc Robiony. 06200 Nice
Publié dans le Giron n° 4 (avril 2003)