Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Situation géographique
Ces carrières étaient situées à quelques centaines de mètres du village, sur le chemin vicinal d'intérêt commun n° 26, à 2 Km de la gare, à 3 Km de l'usine, et à 8 Km de Montélimar. Elles se trouvaient sur le bord de la route qui les desservait et les reliait, en pente douce, à la station de chemin de fer. Leur superficie s'étendait sur plusieurs Km, mais les parties exploitées n'occupaient que les points les plus faciles.
Exploitation
L'exploitation des carrières de Puygiron se faisait à ciel ouvert sur toute la hauteur des bancs. L'extraction des blocs était obtenue à l'aide de tranches faites à l'aiguille ou à la pioche, avec des coins en acier qui découpaient d'un seul coup, très franchement les bancs quelle que soit leur épaisseur. Cette épaisseur variait de 20 cm jusqu'à 3 m et les bancs étaient légèrement en pente au Nord-Est avec une inclinaison d'environ 5 degrés, ce qui en rendait l'extraction relativement facile. La pierre de taille et de sciage se trouvait au-dessous d’un découvert de 3,50 m environ, et servait :
- de pierres à bâtir et de moellons, d'enrochements …
- à la fabrication d'une chaux absolument identique, dans toutes ses propriétés et qualités, à celles si estimées, du Teil et de l’Homme-d'Armes,
Propriétés et qualités
La pierre de Puygiron est un calcaire de deux couleurs bien tranchées. Les bancs supérieurs sont de belle couleur blanche, plutôt ivoire, et ceux au-dessous, d'un gris bleu intense, D'une bonne dureté moyenne, à grain très serré et très fin, elle se taille sans arrachement aucun, et l'on obtient avec facilité les arêtes les plus vives dans toutes sortes de travaux délicats. Cette pierre est également susceptible de prendre un très beau poli.
Emploi
La pierre de Puygiron trouve son emploi dans toutes sortes de constructions et de travaux d'art. Le Génie, les Ponts et Chaussées, les Chemins de fer ont avantageusement utilisé et utilisent toujours ses qualités nombreuses. Pour les édifices publics on l'employait toutes les fois que les ressources le permettaient, et on ne compte plus les villas, maisons de rapport, hôtels particuliers ou châteaux dans lesquels elle a pris place sous toutes les formes.
On en faisait :
- des soubassements, des portes, des fenêtres, des balcons, des corniches et même des façades entières.

- des perrons, des escaliers, des revêtements de toutes sortes, des dallages, des éviers, des foyers, des cheminées,
- des balustrades, des colonnes, des chapiteaux, des monuments divers, des motifs de sculpture, des vasques, des bassins, des vases, des fontaines.
- des tables de billards renommées, des doublures pour marbres riches ou de brèches, des dalles pour tanneurs et corroieries, des carrelages blancs et bleus dont les joints ne s'agrandissent pas à l'usure et du meilleur effet ; enfin on l'employait dans une quantité de travaux d'églises ou de marbrerie.
Travaux de l'usine Les travaux de taille ordinaire s'exécutaient généralement aux carrières, mais tout ouvrage d'art soigné se faisait mécaniquement à l'usine.
Le sciage de la pierre s'obtenait au sable, au grès et à l'eau soit par des châssis alternatifs, portant les quantités de lames nécessaires suivant l'épaisseur des blocs ou les besoins, soit par fils hélicoïdaux ou tranches circulaires.
La tournerie travaillait toutes sortes de pierres tendres et mi-dures, généralement employées pour les travaux à bon marché, mais la pierre de Puygiron, les marbres et les granits se tournaient également à l'usine. De puissantes machines, agissaient dans tous les sens, mouluraient toutes sortes de calcaires et de marbres pour les travaux les plus variés. Ces machines permettaient non seulement d'obtenir toutes sortes de courbes mais aussi des angles vifs externes et internes sans aucune écornure. Il n'y a guère que les limons, courbes et remparts ou les pièces très gauches qui ne pouvaient s'y exécuter entièrement. La nomenclature et les photos ci-jointes montrent des réalisations nationales et internationales avec un réseau commercial bien établi…
Propriétés et caractéristiques de la pierre de Puygiron : Des essais officiels ont été réalisés en 1901 par le laboratoire de l’École des Ponts et Chaussées de Paris pour tester et mesurer les caractéristiques mécaniques et chimiques de la pierre de Puygiron. Les chiffres ci-dessous permettent d’apprécier la qualité des différents bancs « pierre bleue ou blanche » et de quantifier les principaux constituants…
Analyse
Silice 23,10 %
Alumine 1,15 %
Peroxyde de fer traces
Chaux 60,20 %
Magnésie 1,35 %
Perte au feu 14 %
Éléments non dosés 0,20 %
Cette pierre résiste parfaitement au mauvais temps et à la gelée ; classée parmi les pierres dures, « elle ne prend pas de mousse à la suite du temps », ne noircit pas, mais se couvre seulement d’une légère patine opale qui augmente encore la dureté de la surface exposée à l’air. Des travaux très anciens attestent ces avantages…
Cette pierre peut rivaliser avec les meilleures pierres de la Côte d’Or, de l’Yonne et de l’Échaillon… Après un passé aussi prestigieux, la pierre de Puygiron est-elle condamnée à être utilisée en simple ballast ou enrochement, et les carrières en décharges ?
H. B.
(d’après brochure E. Tardieu vers 1902)
