Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Photo C. P.Pourquoi ai-je pensé à Doisneau en passant devant l’école, une petite Ariane ou Léa dévalait les marches, tee-shirt et short suivie d’un Loïc ou Greg en « nike » et pourtant il y avait dans cette sortie d’école quelque chose de la « vie d’avant », d’avant la télévision, les jeux électroniques, la violence dans les établissements scolaires, quelque chose qui appartenait encore à la douceur, au temps qui n’était pas compté à rebours comme dans les compétitions. Oui sans doute un monde à la Doisneau, ce photographe inégalé des enfants, des amoureux, des oiseaux dans les flaques. L’école de Puygiron a une classe unique de quatorze enfants, une maîtresse, Emmanuelle Streit, vive, très jeune, c’est son premier poste. Elle a choisi Puygiron en partie à cause de cette classe qui lui rappelait son petit village à elle et la classe unique de son enfance passée dans la Moselle. Une maîtresse comme tout écolier aimerait en avoir car elle a encore la gaîté, l’enthousiasme, la curiosité qui stimulent, donnent envie de bien faire. Elle a abandonné la carrière de chimiste qui s’offrait à elle pour l’enseignement des enfants, s’est occupée bénévolement d’enfants en difficulté.
Certes elle reconnaît que l’espace manque, il faudrait une école plus grande, une cour pour pouvoir vraiment jouer mais malgré cela la vie communautaire se passe très bien : « L’environnement est si beau, les enfants vivent dans ce magnifique espace de la nature, les familles n’ont pas de gros problèmes comme dans les villes, les banlieues. Ce sont de vrais enfants, heureux de vivre, de jouer. » Modeste, elle ne dit pas qu’elle travaille intensément pour ouvrir ces enfants à l’art, la musique, au sport en même temps qu’à l’apprentissage de la langue. Par contre elle insiste sur le rôle concret de l’association des parents d’élèves, l’esprit de famille qui en résulte. Ce lien entre l’école et les familles, irremplaçable pour le développement des petits élèves et leur bonne intégration, l’a beaucoup aidée. Pourquoi partir alors que tout ce monde est heureux d’être ensemble ? Emmanuelle Streit sourit à la question et répond qu’il faut que les enfants s’initient à d’autres pédagogies, qu’ils se préparent pour le collège… Et qu’elle-même doit aussi faire son expérience avec d’autres types de classes. Mais elle reviendra. Elle est déjà triste de les laisser.
Au revoir maîtresse…
N. P.
Publié dans Le Giron n° 6 (juillet 2004)