Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Photo P. R.
Nous évoquons dans notre petit journal la figure de Paul Dubourg disparu, il y a quelques mois, et la conversation avec sa fille, Marie-France, m’a donné à réfléchir. J’ai envie de vous faire partager cette sorte de méditation provoquée par l’évocation de quelqu’un que l’on aurait appelé autrefois un homme de bien. Méditation venue aussi de la proximité de Noël - dont on oublie l’origine, tant les fêtes se mercantilisent - Noël, anniversaire de la naissance d’un enfant, enfant-dieu pour les chrétiens, venu dire aux hommes que l’amour était plus important que tout. Amour et devoir des enfants vis-à-vis des parents, amour et devoir des parents vis-à-vis des enfants, respect des autres, respect du travail. Sans vouloir noircir la société actuelle, il faut reconnaître que l’actualité nous donne chaque jour des exemples parfois terrifiants d’une perte de ces valeurs-là et du sens de l’altérité. Autrefois, à la campagne, et cet autrefois n’est pas si lointain, on croyait au caractère sacré de la famille, le fils se sentait investi d’une mission de responsabilité vis-à-vis des frères et soeurs, l’élève respectait l’instituteur, le travail bien fait allait de soi, l’effort n’était pas moqué. Ne pratiquons pas l’angélisme, il y a eu partout des « paterfamilias » terrorisant la maisonnée, mais malgré tout, quand on pense à cette génération qui avait un peu plus de vingt ans pendant la dernière guerre et travaillait la terre dans des conditions rudes, vivait sans confort et sans autre perspective d’avenir que continuer la même vie laborieuse que ses pères, on ne peut s’empêcher d’avoir de l’admiration pour ceux, nombreux, qui ont donné aux leurs, à la terre et souvent à leur pays, sans ostentation, le meilleur d’eux-mêmes.
Autres temps, autres mœurs, direz-vous. Aujourd’hui les fêtes de Noël et de Nouvel an ramènent à nos enfants gâtés de quoi se réjouir, nombre de cadeaux utiles ou plaisants. Dans plusieurs collèges de France les professeurs terminent un trimestre où ils ont essayé de limiter chahuts et conduites agressives pour dispenser un enseignement susceptible de construire les personnalités des élèves. Le XXIe siècle ouvre au monde des perspectives de développement immenses, une vie facile pour certains en même temps que des gouffres d’incertitudes, il constitue aussi une réalité faite de violence et de pauvreté pour d’autres. Il peut être utile de ne pas oublier le monde disparu de la campagne, avec ses rudesses et ses manques, réglé par des lois pas toutes frustrantes, souvent structurantes. Il serait intéressant que les Puygironnais qui ont vécu leur petite enfance à l’intérieur des terres, dans les fermes, et gardent le souvenir d’hommes et de femmes qui « maintenaient » la famille, viennent nous en parler, nous écrire ce qu’ils furent pour eux et s’ils font aujourd’hui partie de leurs repères.
N. P.
Publié dans Le Giron n° 7 (janvier 2005)