Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
La place de l’eau dans les sociétés est essentielle au point d’avoir déterminé et modelé bien des développements, bien des histoires, des cultures et des pouvoirs. Actuellement la maîtrise de l’eau est un enjeu stratégique et politique à l’échelle mondiale. Après la guerre du feu, la guerre du pétrole et de la mondialisation, la guerre de l’eau n’a-t-elle pas déjà commencé ? Face à un individualisme croissant et à une uniformisation du mode de pensée, il est parfois utile de se rafraîchir les idées et de retourner à des écrits qui, en faisant l’éloge de l’entraide et de la solidarité de peuples, témoignent de l’importance que l’eau revêt dans le monde en général.
Pagnol et Giono nous font réfléchir, nous humanisent et nous responsabilisent face à la modernisation destructrice des moyens de production. « Le Hussard sur le toit » de Jean Giono campe ses deux héros, Angelo et Pauline, dans une Provence ravagée par la sécheresse et une terrible épidémie de choléra qui décime les populations de villages entiers. Le roman de Giono met en évidence le danger que l’eau peut représenter : bien précieux et indispensable à la survie de l’homme, elle peut aussi se révéler mortelle. « L’eau des collines » de Marcel Pagnol - regroupant deux romans sous les titres de « Jean de Florette » suivi de « Manon des Sources » - est au coeur même du récit : eau, source de vie et source de mort aussi. Ces oeuvres retracent la vie de petits paysans provençaux suspendus à la nécessité de l’eau et connaissant parfaitement sa valeur en cette région si sèche. Ils vouent un véritable amour à la terre, à l’eau, à la nature toute entière.
On aurait tort d’estimer ces deux auteurs comme de simples conteurs. Ils n’inventent pas mais révèlent des réalités que nos regards habitués ou fatigués ne sont plus capables de percevoir, aveuglés par le superflu et l’artifice. Amoureux de leurs régions de Provence, Pagnol et Giono relatent des vérités humaines, humanistes et humanisantes qu’il serait bon de relire. Ceux qui ont pratiqué ces auteurs ont et auront toujours un coin de paradis dans leur coeur, un champ de liberté plus large où leur conscience les guidera vers une action sage et raisonnée sur la nature en la traitant en amie plutôt qu’en ennemie. Une bonne cure de ces œuvres ne sera-t-elle pas bientôt nécessaire pour soigner les maux par les mots et désintoxiquer nos vies de leur mauvais usage de l’eau ?
C. V.
Publié dans Le Giron n° 8 (juillet 2005)