Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
C’est en 1351 que l’on voit apparaître en Angleterre le terme franc-maçon, freemason, qui désigne le libre artisan maçon allant travailler de ville en ville. Ces artisans, véritables artistes réalisant des architectures extraordinaires se rassemblent en confréries qui prennent le nom de loges maçonniques. Souvent issues des chantiers où s’élèvent les cathédrales, elles seront ouvertes plus tard à la bourgeoisie et à la noblesse, sans nécessité d’appartenir au bâtiment. Dès le début il y règne une grande tolérance par rapport aux différentes religions. Il importe pour les maçons de créer un lien corporatiste fort, de sauvegarder leur savoir faire exigent, de défendre des valeurs de liberté.
À partir de 1723 les constitutions de la Franc-maçonnerie, c'est-à-dire le règlement seront rédigées. Il s’agit du livre des Constitutions d’Anderson. Grâce au voyage des maçons, les confréries font école jusque dans la Drôme et l’Ardèche. Pierre Chazalet fonde en 1784 la première loge maçonnique de Montélimar Saint-Louis-la-Fidélité mais elle n’est pas reconnue par le Grand Orient, Loge nationale de France.
Par contre un certain Mathieu-Barthélémy Audouard, avocat du roi, réussit en 1786 à créer « La parfaite cordialité » réunissant Rivière de la Mure, garde des Sceaux au Parlement, Cheynet, avocat, Serret, procureur du roi et Cheynet, maire de Montélimar. Leur local se situe rue des Cordeliers. On s’y assure « des qualités civiles, mœurs, probité, du préposé ». Des cotisations assurent le financement des activités de la loge. Les plus riches avancent l’argent aux plus démunis. La loge de Montélimar et celle de Crest pratiquent « le rite écossais rectifié » rite soutenu par le Comte de Virieu, président d’honneur. Dans leurs déclarations de principe il est question essentiellement d’entraide à son prochain, d’œuvres de bienfaisance, de morale et de sagesse. La loge fournira blé et nourriture aux pauvres pendant le dur hiver de 1787 et Rivière de Nocaze, notable et maçon, paiera de ses propres deniers l’aide aux pauvres.
La loge se met en veilleuse pendant la Révolution française et les travaux reprendront en 1804. Elle est supplantée par une autre loge, La Paix désormais la seule en activité. À partir de ce moment, d’autres loges se créent, elles se trouvent souvent en conflit entre elles. Et en 1812 la maçonnerie s’éteint à Montélimar. Il faudra attendre soixante ans pour qu’un horloger bijoutier du nom de Monteiller tente de faire vivre Le Réveil maçonnique. Cela représente un tournant idéologique important puisque la loge affirme ses principes philosophiques et démocratiques : diffusion de l’instruction au profit des masses, instruction solide au profit des mêmes masses… Révolution sociale, école laïque, combat contre le cléricalisme, réglementation du travail des femmes et des enfants, cours pour les soldats illettrés... socialisation des moyens de production et d’échanges.
Mais une semaine après son ouverture, le sous-préfet Petiton fait fermer la loge, ouverte, selon lui, sans autorisation officielle. C’est l’une des anciennes loges, Le Réveil Maçonnique » qui prendra la relève avec les mêmes objectifs. Le fonctionnement de ces loges ne se fait jamais sans heurts avec l’autorité et sans conflits de personnes, si bien qu’elles se créent et s’éteignent très vite, parfois renaissent de leur cendre. Il existe un Livre des loges qui permet de connaître les objectifs des maçons montiliens entre les deux guerres comme par exemple les études des divers systèmes des doctrines socialistes, morale maçonnique dans les familles, l’établissement de maisons de retraite et la réconciliation franco-allemande. La loge sera fermée en 1940 et l’immeuble placé sous séquestre. La police de Vichy recherche le Vénérable, Monsieur Courtier qui sera arrêté et torturé à l’hôtel du Parc Chabaud. Beaucoup de Maçons s’engagent dans la Résistance. Gustave Courtier est décédé le 14 mai 1951 et est enterré dans le cimetière d’Espeluche. Il aura tenté de sauver les archives en les enterrant dans un puits. Elles seront détruites par l’humidité.
Après la guerre, en 1953, une loge, En Avant, renaît, grâce aux efforts d’un maître artisan aidé par la loge de Valence et la Fraternité de Genève. Elle est aujourd’hui encore en activité.
M. B.
Source : « La Franc-maçonnerie en Drôme Ardèche » Jean-Pierre Poret. Éditions et régions
Publié dans Le Giron n° 8 (juillet 2005)