Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.

Publicité

Resserrons les liens… (4) Marie-Christine Edel


Le Giron demande aux Puygironnais expatriés de se rappeler à leurs concitoyens, en envoyant une lettre, une note, évoquant leur nouvelle situation.

Bonjour à tous et plus particulièrement à ceux que je ne connais pas ou que je ne fais que croiser, je me présente : Marie-Christine Edel, la dernière arrivée je crois, dans ce merveilleux petit village de Puygiron, un jour de neige en décembre 2005, au sein de la micro population d’en haut. On me donne un surnom qui n’est pas fait pour me déplaire : l’Égyptienne et pour cause ! Voici des années que je passais des vacances en Égypte, lorsqu’un jour de l’année 1997, le treizième de février, je décidai, de partir au pays des Deux Terres, la Terre Noire (la Fertile) et la Terre Rouge (le Désert). J’y restai sept ans. Sept ans de bonheur, de découvertes éblouissantes, de vibrations étonnantes…

Vous connaissez tous, bien sûr, ce fameux pays, peut-être y êtes-vous allés pour faire l’une des fameuses croisières sur le Nil ou de la plongée en Mer Rouge, mais l’avez-vous découvert dans la fougue et la fièvre de la liberté individuelle ? Ceux-là se reconnaîtront, ce sont les inconditionnels de cette Terre riche d’un passé antique exceptionnel, d’une culture, celle des siècles passés plus proches de nous et l’actuelle, toutes aussi fécondes…

Le Caire : agglomération de 18 millions d’habitants, ville grouillante et nonchalante dans laquelle le promeneur peut se sentir, ou complètement perdu ou complètement transcendé, cette ville aux mille et un minarets, palais princiers, mosquées de toute beauté, églises contrastant avec le milieu oriental, immeubles haussmanniens situés dans le centre, immeubles non terminés, décrépits, tenant à peine debout. Immeubles de grand luxe, buildings, palaces… Dans certaines de ces habitations, les secrets sont bien gardés, derrière des portes, des fenêtres, des moucharabieh ayant une valeur symbolique en Égypte, marquant la séparation entre intérieur et extérieur, entre nous et les autres, elles servent aussi à poser le maître des lieux, qui se soucie tout particulièrement de la qualité du matériau et de la richesse de l’ornementation. Le Caire et son souk de dédales interminables odorants et enivrants, sa Cité des Morts qu’ont investie les plus pauvres. C’est à qui, façonne des briques, souffle le verre, tourne la terre, se réjouissant de vous initier… Le Caire c’est la cruche d’eau qui vous attend à chaque coin de rue pour vous désaltérer, c’est celui qui vous propose de partager la galette de son maigre repas, celui qui vous tend un verre de thé. C’est aussi l’œil malicieux et complice des femmes, la sympathie des hommes, l’éternelle jeunesse des amoureux qui se retrouvent seuls au monde, main dans la main, au bord du Nil, le puissant fleuve roi… Puis, vous franchissez le pont Kasr-el-Nil, vous voici fouetté par le vent soufflant comme si vous vous trouviez en pleine mer face à de fortes rafales… Sur l’autre rive, c’est l’île de Zamalek sur laquelle se trouve le nouvel Opéra, belle architecture, chef d’oeuvre d’un Japonais, les clubs sportifs aussi vastes chacun qu’un terrain de golf, puis encore un pont, des ponts qu’on ne compte plus et toujours cette ville immense, tentaculaire où voitures, taxis, bus par milliers, mènent leurs quatre roues en une cacophonie de klaxons et, si vous prenez l’un de ces taxis bringuebalants, le chauffeur après avoir vite compris que vous êtes francaoui, clamera bruyamment les louanges de Jacques Chirac ! Et la francophonie n’est pas de reste. Par exemple, une longue tradition unit les juristes français et égyptiens au point que toute rencontre avec l’un d’eux constitue une surprise, l’occasion de découvrir que notre langue s’accompagne souvent d’une admiration pour les institutions de la France et d’une connaissance, parfois très précise, de ses règles juridiques. Elle est appliquée également au développement industriel du pays qui ne compte plus les sociétés françaises s’étant investies depuis des décennies.

Enfin, une quarantaine d’écoles religieuses sont implantées dans ce pays, au sein desquelles les cours sont pratiqués dans notre langue. Paradoxalement, leurs élèves sont aussi bien de confession musulmane que chrétienne. Elles sont très recherchées pour leur enseignement de qualité, contrastant avec les écoles publiques où celui-ci se fait dans des conditions désastreuses, avec des classes surchargées d’élèves travaillant debout ! La francophonie c’est aussi l’Université française de Senghor à Alexandrie, celle de Chorouk à 80 Km du Caire la dernière-née, inaugurée tout récemment et les centres culturels représentant une tradition française déjà bien ancrée en Égypte depuis l’expédition de Bonaparte qui ouvrit le pays à l’influence de l’Occident et particulièrement de la France. Nous ne parlerons pas de l’Angleterre ! Il y a donc une communication très intéressante et motivante en ces lieux culturels où se mêlent une certaine population égyptienne (majoritairement étudiante) et française, autour de soirées très animées avec projection de nos films, pièces de théâtre, littérature, poésie…

Attirée par ce pays mythique depuis toujours, j’y suis partie avec des repères spontanés et je m’y suis sentie chez moi en toute liberté, tout naturellement. J’y ai développé, comme si j’avais fait cela toute ma vie, un don inattendu, celui d’institutrice en maternelle durant quelques années, puis vint le jour de ma rencontre avec le patron égyptien de la librairie Hatier. Enfin ce fût l’ambassade du Caire où je travaillais comme une titulaire mais sans la même rémunération ! Peu m’importait, j’étais au summum de mon itinéraire professionnel cairote et heureuse de la vie que je menais. Oui, l’Égypte est une mouvance qui vous prend et vous enveloppe et lorsque le Giron paraîtra, je serai à nouveau pour les quelques mois d’hiver au soleil qui illumina des générations de pharaons : Râ. Il y a plus de cinq mille ans, se développait cette fabuleuse Histoire avec des pyramides gigantesques, des tombeaux magnifiques, des temples toujours debout, toute une littérature hiéroglyphique sur le support somptueux de rouleaux de papyrus. L’Égypte était et reste un vrai miracle, ce fameux don du Nil… Mais, lorsque je reviendrai, ce sera aussi avec une grande émotion que je retrouverai le petit nid d’aigle de Puygiron, ses collines et ses âmes qui sont devenues pour moi, ma famille, mon cercle fraternel…

Marie-Christine Edel

Publié dans Le Giron n° 11 (janvier 2007)


Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article