Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.

Publicité

Le mûrier du vieux village de Puygiron


                                                                                                                                Photo C. P.

Le mûrier du village est un arbre remarquable à plus d’un titre : ses dimensions hors du commun, la beauté de son tronc torturé, sa ramure vaste et harmonieuse et, bien sûr, sa valeur culturelle et historique. En effet, c’est certainement sous l’impulsion d’Olivier de Serres qu’il fût planté, il y a environ 400 ans. C'était à l'époque où Henri IV s'enquérait des moyens d'introduire la soie en France pour lutter contre l'importation de soieries étrangères. Le roi rencontrait cependant une opposition très vive de la part de son ministre Sully, qui ne voyait dans cette introduction qu'un luxe et une dépense inutile. Mais devant l'engouement d'Henri IV, Sully ne persista pas dans son hostilité première et facilita largement sa vulgarisation dans les diverses régions de France. Les nobles et les prêtres désireux d'être agréables au roi, firent planter des mûriers sur leurs terres, en bord de route, et distribuèrent même des primes à ceux qui se distinguaient dans l'élevage des vers à soie. Ce mouvement fut d'autant plus rapide que, sur la volonté d'Henri IV, la fourniture gratuite de plants et de graines de mûrier, ainsi que d'oeufs de vers à soie, était accordée aux agriculteurs. Olivier de Serres disait de cet arbre : « il est pour l’homme un des plus utiles qui existent, il lui donne ses feuilles qui lui font récolter le plus précieux et le plus beau des textiles, son fruit qu'il peut manger et qui sert à nourrir les animaux, une écorce dont il tire de quoi se vêtir, un bois qu'il utilise pour se meubler et qui sert encore à le réchauffer et à faire cuire ses aliments ». Il était même si préoccupé de tous les avantages qu'on pouvait en retirer qu’il découvrit sur cet arbre une source de richesses à laquelle on n'avait pas songé avant lui : de la seconde écorce du mûrier blanc, disait-il, on peut tirer une filasse propre à remplacer le chanvre. Et c’est ainsi que dans l'ancienne province du Vivarais, des vignerons se servaient de petites cordes faites avec l'écorce du mûrier pour attacher leurs provins et échalas. Le mûrier de Puygiron est un mûrier blanc (morus alba). Arbre des régions tempérées mais rustique, il peut résister à des froids de moins 25 °C. Son aire de végétation est très étendue puisqu’il occupe une vaste surface de l'Asie, depuis le Japon et la Chine (qui est son pays d'origine) jusqu’en Inde au pied de la grande chaîne de l'Himalaya. D’une façon générale, on peut dire qu’il pousse partout où l’on cultive la vigne.

Pour la petite histoire, il semblerait que les premiers mûriers aient été plantés en France à Allan, vers 1495 Par Goyapse de Saint-Auban, seigneur d'Allan, après l'expédition de Charles VIII en Italie… Des générations ont accompagné la croissance du mûrier puygironnais et toutes ont su prendre soin de l’arbre et le préserver des agressions successives. Mais son aspect actuel inquiétant peut nous laisser imaginer le pire. C’est pour cette raison que j’ai sollicité l’avis d’une spécialiste en la matière, Nelly Audigier, ingénieur horticole. Son constat est le suivant : des tailles d’entretien qui ont été réalisées dans les règles de l’art (respect de la structure de l’arbre, enlèvement du bois mort, etc.), et la pose de haubans en acier inoxydable pour soutenir une branche charpentière trop lourde, créant une fissure dans le tronc qui s’ouvre petit à petit, mettant ainsi en péril la longévité de l’arbre.

Aujourd’hui, ce câble devient dangereux car il étrangle progressivement la branche haubanée par manque d’entretien du câble. En effet, chaque année l’arbre produit une cerne de croissance sur la circonférence de son bois entraînant une augmentation du diamètre du tronc. La sève des arbres circule uniquement dans la partie périphérique du tronc. L’étranglement d’une branche entraîne donc sa mort. Il conviendrait donc de desserrer ou de remplacer le câble existant avant la prochaine montée de sève du printemps prochain. Il serait également judicieux de haubaner les deux autres branches à risque. Des travaux d’aménagement du muret vont être réalisés prochainement. Pour ne pas entamer la longévité du mûrier, il est essentiel que les travaux ne modifient pas son environnement. À ce stade de maturité, cet arbre est hypersensible à toute modification de la nature du sol périphérique où il puise sa nourriture. Un vieil arbre n’est pas capable, comme un jeune, de s’adapter à de nouvelles conditions de vie. Il ne peut pas créer de nouvelles racines sans risque d’épuiser son énergie. Ces travaux pourraient se réaliser dans le respect intégral des racines, sans tassement du sol, en conservant même l’enrobé existant sous la future jardinière, pour ne pas remplacer ce revêtement imperméable par un sol perméable. Pourquoi ne pas imaginer un panneau de présentation de l’arbre, son âge, son histoire et les travaux qui sont réalisés régulièrement pour assurer sa pérennité.

P. R.

Publié dans Le giron n° 11 (janvier 2007)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article