Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
Je me souviens de l’angélus de midi, vite vite rentrer du Jabron, tout crottés, abandonner les mûres du chemin de croix pour remonter dare-dare jusqu’au village, ce son de cloche nous reliait comme une laisse invisible, tant que l’on pouvait l’entendre nous étions en territoire connu et sa secousse sonore nous ramenait au foyer.
Si nous arrivions à temps, on allait prêter main-forte à la sonneuse de cloches, il fallait suivre le rythme, trois coups rapides sur la corde, suivis d’un « Je vous salue Marie », trois fois de suite puis une douzaine à toute vitesse. Il semblait qu’il y avait là un record à battre. Je nous revois tous, essoufflés, battant en retraite à bout de bras mais fiers de la mission accomplie tandis que la porte de la sacristie était soigneusement refermée à clef comme un secret.
Je me souviens que nous allions régulièrement et de notre plein gré dans l’église, lors des chaudes journées poussiéreuses, fatigués de jouer ou à court d’idées, avides d’ombre et de fraîcheur, nous étions toujours impressionnés et ne manquions pas de tremper nos doigts dans le bénitier pour faire le signe de croix salvateur nous préservant ainsi de la colère divine.
D. P.
Publié dans Le Giron n° 11 (janvier 2007)