Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
…située au sud-est du village, au flanc d’une colline surplombant les champs de lavande. Lieu paisible qui protège l’actuel cimetière.
Saint Bonnet : Bonitus est l'un des grands personnages du monde religieux et politique du VIIe siècle. Chancelier de France puis appelé en 650 au gouvernement de la Provence par Thierry III, Roi de Neustrie et de Bourgogne, il ne tarde pas à devenir évêque de Clermont-Ferrand en Auvergne. Sur le chemin de son pèlerinage à Rome, il goûte le calme et la sérénité du monastère de l'Île Barbe érigé sur une île au milieu de la Saône, en amont de Lyon. A son retour, il devient moine dans cette abbaye où il meurt à 86 ans, le 15 janvier de l'an 710 en "odeur de sainteté". Son corps et ses reliques sont alors exposés à la piété populaire à Saint-Pierre de Lyon avant d'être accompagnés par un cortège mémorable en juin 722 à Clermont. De nombreuses paroisses adoptent Bonitus pour saint patron.
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L’étude du Moyen âge se fait en principe à travers les textes. Or, l’histoire de la chapelle Saint-Bonnet de Puygiron reste obscure faute de documents écrits. Nous nous limiterons donc dans cet article à replacer l’édification de la chapelle Saint-Bonnet dans son contexte historique.
La plupart des écrits sur la chapelle Saint Bonnet sont très techniques et ne manquent pas d’intérêt. Les études faites par les archéologues nous rapprochent du XIIe siècle. Tous s’accordent à dire que la construction de la chapelle, par ses particularités techniques, ferait partie du second âge roman. Après des siècles d’anarchie et d’insécurité, l’expulsion des Sarrasins par le comte de Provence Guillaume, aidé des seigneurs provençaux s’ouvre une nouvelle ère : toute la Provence va retrouver progressivement son équilibre économique, politique et religieux. Les moines vont être les principaux artisans du renouveau de l’Église. Cependant, les témoins architecturaux de cette première grande renaissance romane sont rares, moins rares en Haute Provence que dans les plaines rhodaniennes.
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Dans la première moitié du XIIe siècle, la redécouverte des techniques de construction antiques est la source d’une seconde renaissance romane. L’action des grands monastères provençaux est prépondérante. Cependant à partir du milieu du XIIe siècle, sous l’influence de Saint Bernard, les évêques et les grandes familles locales ont tendance à accorder en priorité leurs libéralités aux cisterciens (1). Les statuts de l’ordre cistercien insistant sur la pauvreté apostolique, les petites églises de campagne sont de simples sanctuaires ruraux, construites avec peu de moyens par des artisans locaux. Ce sont des monuments construits à la mesure de l’homme, révélateurs des particularismes locaux et reflet du terroir dans lesquels ils s’insèrent naturellement (2). En plan comme en élévation, la chapelle Saint-Bonnet est un édifice d’une extrême simplicité. Elle est formée d’une nef unique et d’une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four (3). Les ouvertures, peu nombreuses et de dimensions restreintes, convenant à un pays lumineux, sont disposées au Midi et au Couchant, à l’abri du mistral. On peut observer sur la façade occidentale, une corniche en bâtière, richement décorée de motifs géométriques et floraux imités de l’antique.
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L’ensemble du bâtiment est construit en moellons de calcaire dur d’origine locale. Cela a pour conséquence de mettre naturellement en harmonie le monument et son environnement. Le rapport intime entre les matériaux et le sol dont on l’a extrait est une des données de la plénitude de l’architecture romane, véritablement enracinée dans le pays (4). Le village s’est établi autour de la chapelle Saint-Bonnet au cours du XIIe siècle. Les guerres des seigneurs en Dauphiné durant près d’un siècle, provoquant de grands désordres et générant la terreur poussent alors les villageois, au cours du XIVe siècle, à se regrouper autour du château perché construit un siècle plus tôt. C’est ainsi que les habitants de Puygiron abandonnent le site de Saint- Bonnet au profit du village fortifié : le cimetière prend place désormais aux abords du village au pied de la chapelle seigneuriale Saint-Jean Baptiste. Quelques décennies plus tard, Saint-Bonnet retrouvera sa fonction cimetériale mais non son service paroissial puisque celui-ci est définitivement transféré au centre du village avec la construction de l’Église Saint-Jean Baptiste à la fin du XVIIIe siècle.
Humble lieu de culte qui se révèle être l’âme de notre village, la chapelle Saint-Bonnet est un « héritage spirituel » que nous sommes tenus de sauvegarder et de respecter.
N. T.
(1) - Ordre religieux des Cisterciens fondé en 1098 par Robert, abbé bénédictin de Solesmes qui quitte son monastère et fonde un nouveau couvent à Cîteaux dans une région désertique proche de Dijon. Les moines aspirent à retrouver la pureté de la règle bénédictine en joignant solitude et conventualité dans une nouvelle forme de monachisme – « Mémoire du Christianisme », Larousse, 1999
(2) - Guy Barruol « Provence romane », tome II, édition Zodiaque, 1977, ouvrage cité.
(3) - Michèle Bois « La Drôme romane », éditions Plein Cintre, 1989
(4) - Guy Barruol « Provence romane », tome II, édition Zodiaque, 1977, ouvrage cité.
Publié dans Le Giron n° 2 (mars 2002)