Ensemble d'informations, de textes et d'images publiés par un groupe d'habitants du village de Puygiron dans la Drôme.
La culture du mûrier fut introduite en France sous Henri IV qui chargea Olivier de Serres de planter 20.000 mûriers au Jardin des Tuileries. Il publia en 1599 un traité sur l'élevage du ver à soie.
Dès la Restauration en 1815 l'industrie de la soie se développe avec la production de cocons dans la vallée du Rhône. La Drôme répond à cette demande et devient le second producteur de cocons après la région lyonnaise. Les ateliers sont essentiellement des ateliers de moulinage, opération qui consiste à tordre et à filer mécaniquement le fil de soie grège. Les industriels de Lyon décident de la qualité et des prix. Rapidement ces deviennent de véritables usines. L'usine Lacroix en est un exemple. Débarrassée de la tutelle de Lyon, elle devient la Société H. Lacroix & Cie. À partir de 1859, désireux d'avoir à disposition une main d'œuvre stable, Henri Lacroix projette une extension de son usine et construit un internat-couvent comprenant des cuisines, un four à pain, une chapelle, des dortoirs pour les ouvrières. Celles-ci sont confiées à des religieuses successivement de plusieurs congrégations, dont Ste-Marthe de Romans.
L'installation de la machine à vapeur fait de cette usine la première ainsi équipée dans le département. Les bâtiments appelés St-Joseph abritent les roues à aubes alimentées par les eaux du Vermenon. Plus tard l'éclairage au gaz et le télégraphe équiperont les bureaux.
L'usine Lacroix traversera plusieurs crises, mévente, maladie du ver à soie, la pébrine, entraînant une perte de 30 % de la production. Henri Lacroix mettra un point d'honneur à ne pas licencier. Il embauche et l'effectif atteint l'effectif atteint le chiffre de trois cents trente ouvrières. De 1876 à 1879 il adjoint de nouvelles constructions, chapelle, appartements de la Direction, aumônerie. L'usine comptait douze religieuses chargées de veiller sur les ouvrières internes. Il était impossible d'échapper à cette vie communautaire réglée jour après jour entre travail et prière. L'usine recevait des jeunes filles entre treize et quinze ans. Elles recevaient un enseignement scolaire. Obéissance, ardeur au travail et une conduite irréprochable sont exigés. Un système d'étrennes récompensait les plus méritantes. Pendant les période crise on n'hésitait pas à réduire le temps de la prière et à durcir la discipline.
Sous le Second Empire les effectifs de l'internat diminuent avec le départ de certaines religieuses. L'usine acquiert des terrains agricoles et construit une minoterie pour son approvisionnement. Des familles entières s'installent à l'internat. Puygiron fournissant plus de trois pour cent de la main d'œuvre. Les ouvrières restent à l'usine quatre ou cinq ans. Elles se marient avec une dot dans leur milieu d'origine. Leur statut social les font rechercher. Se met en place un système paternaliste fermé au monde. C'est l'usine chrétienne. La Société est dissoute en 1892 et devient la Société anonyme des Usines St-Joseph car l'usine Lacroix n'avaient pas échappé aux critiques des syndicalistes pour qui ces usines-couvent étaient de véritables bagnes, on les surnommaient "les cayennes". Elle résiste notamment à la crise qui régnaient dans le textile entre 1890 et 1910 et a échappé au naufrage des moulinages. Pierre Lançon prit en main l'exploitation.
Pendant la guerre de 14/18 l'usine Lacroix comme nombre de bâtiments industriels fut réquisitionnée pour servir d'hôpital aux blessés rapatriés du front et les religieuses deviendront infirmières. La photo représente l'entrée de l'usine avec un groupe de chasseurs alpins.
Il y avait 1970 un effectif de quatre-vingt-quinze personnes. La minoterie a fermé en 1971 et comptait huit ouvriers. Le dépôt de bilan et la fermeture des derniers ateliers eurent lieu en décembre 1985. Les bâtiments actuels sont vides, le matériel a été dispersé, acheté par des professionnels du textile. Une partie importante a permis l’installation du Musée de la soie d’abord à Montboucher, ensuite à Taulignan dans des locaux mieux adaptés. (1)
Espérons que ce témoin remarquable du patrimoine industriel drômois puisse bénéficier d'une sauvegarde respectant l'architecture qui a déjà subi d'importantes dégradations.
Photo C. P.
M. P.
Publié dans Le Giron n° 3 (septembre 2002)
